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Manger en causant

25 février 2011 426 vues 2 commentaires
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Crédit photo : Fred Dhennin

Depuis que la classe politique se met à inviter des gens de l’internet à manger, des voix s’élèvent pour critiquer. Bon, en même temps, internet sans troll, ce ne serait plus internet.

Deux grands axes que j’ai pu retenir :

  • Sur le fond, beaucoup pensent qu’il s’agit d’inviter, façon HADOPI, des opposants avec qui on sait ne pas être d’accord à manger pour les faire rentrer dans le droit chemin. Comme si une assiette et un verre, aussi chers et jolis soient-ils pouvaient suffire à retourner les convictions profondes d’une personne.
  • Sur la forme, on ne discute pas de choses sérieuses autour d’une bouffe, on le fait dans une réunion avec de la place pour étaler ses papiers ou son matériel informatique.

Pour ma part, après avoir encore une fois crié à l’injustice parce que je n’avais pas été invité, on m’a demandé « mais si t’avais été invité, t’y serais allé ? ». Et là, j’avoue que je ne sais pas.

D’un coté, se faire inviter pour un homme politique, c’est une forme de reconnaissance sociale qui a quelque chose de plaisant. De l’autre, c’est le risque de se brouiller avec des gens qui trouvent que l’homme politique en question n’est pas fréquentable.

D’un coté, j’adore la bouffe et j’aimerais bien goûter celle de la République, de l’autre, j’ai pas envie de laisser ma femme et mes enfants seuls à la maison le soir.

Et puis, manger ensemble, pour quoi faire ? Manifestement, pour l’instant, ça sert surtout à expérimenter de nouveaux canaux de communication et à prendre la température. Comprendre qu’à part l’éventuelle gloire d’y avoir été, la personne invitée dans ce genre de truc ne sort pas vraiment grandie de l’expérience, à l’inverse de l’homme politique qui s’est économisé du temps en réunissant plusieurs communicants pour leur faire passer un message et, espérons le, a appris des choses et en a vérifié d’autres.

« Pas grandi », à ceci prêt qu’une bouffe, comme toutes les bouffes, c’est nécessaire pour deux choses :

  • Se nourrir (oui, je sais, j’enfonce des portes ouvertes) et nourrir, ça fait grandir
  • Discuter avec des gens, les connaître, en un mot, prendre le temps d’échanger pendant un moment dont, finalement, la seule utilité réelle est physiologique (on n’échange pas de la même façon avec quelqu’un lorsqu’on est assis à son bureau pendu au téléphone)

Et la, on se pose la question de « pourquoi nos amis politiques souhaitent-ils soudainement apprendre à connaitre des personnes de la société civile ? ».

Evidemment, il doit y avoir une part de volonté de les rallier à sa cause, de se faire passer pour sympathique auprès d’eux, voir, tel Minus et Cortex, de poursuivre un plan machiavélique de domination du monde.

Mais si c’était aussi une maladroite tentative de s’adapter à ses interlocuteurs sans trop brusquer ses propres habitudes ? Si on regarde bien comment marche internet, tout se joue dans le couloir. Le moment le plus intéressant des conférences, c’est la pause café. L’endroit où se créent les fondements techniques d’un réseau qui enverra péter les dictateurs-censeurs, c’est autour d’une bonne mousse.

Oui mais eh, minute papillon, nous, on sait être productifs en ayant l’air nonchalants, c’est même une marque de fabrique, mais vu de notre petit bout de lorgnette, les politiques, eux, semblent principalement savoir être contre-productifs en ayant l’air de bosser comme des fous.

Il va donc falloir mettre un peu d’agilité là-dedans. Organiser des bouffes pour connaitre son prochain, c’est bien, mais il faut penser à la suite, au moment où il ressortira quelque chose de cette orgie culinaire.

Evidemment, quand on est à son poste pour une durée moyenne de 2 ou 3 ans, qu’on en passe un à comprendre ce qui se passe et un autre à préparer le poste suivant, c’est pas facile facile.

Crédit photo : Amy Bundy

Tous les entrepreneurs vous le diront, la dispersion est l’ennemi de la productivité. Il faut rester concentré, il vaudrait donc mieux organiser des petits dejs pour apprendre à se connaître juste ce qu’il faut autour d’un seau de café et embrayer directement sur du concret sur les coups de 8h30/9h.

Et puis, tous les bébés et enfants vous le diront, on parle pas la bouche pleine !

Bon. Faut quand même reconnaître que c’est sympa d’inviter à bouffer. Et si en échange, c’était internet qui invitait les hommes politiques un peu ? Allez messieurs dames, soyez pas timides, twitter ne va pas vous manger. Si vous ne venez pas de votre plein gré, on viendra vous chercher, caméra live au poing, pour vous tirer les vers du nez, méfiez-vous !

Pour conclure, il est une expérience de causerie dînatoire menée tambour battant par Jean-Michel Planche, Jean-Michel Billaut et leurs compères. Ils n’ont que deux émissions à leur actif, mais le Mouppet-Show vaut le détour, et on va le hacker prochainement pour en faire quelque chose de grandiose. Stay Tuned !

2 Comments »

  • gege2061 said:

    si j’ai bien compris le principe, il faut inviter un élu à une soirée pizza avec des câbles qui trainent sur la table et plus de PC que de personne, je ne suis pas sûr que l’on rencontre un grand succès…

  • Bruno (author) said:

    Il faut peut-être adopter un peu le principe, au moins au début :)

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