
Patrick Waelbroeck écrivait avant hier, dans les lignes de laviedesidees.fr, un papier très bien fait (bien qu’assez long) sur l’industrie musicale face au téléchargement. Il fait le tour de la question, tant coté baisse de certains marché que naissances de nouvelles opportunités pour les ayants droits du secteur en passant par les opportunités loupées.
La conclusion de l’article porte sur la comparaison coût/bénéfice :
Au final, il sera facile de juger de l’efficacité de la loi Hadopi en comparant ses bénéfices à son coût. Ce coût comprend les frais d’installation et de fonctionnement de Hadopi et le coût pour les internautes en termes de réduction de la protection de la vie privée suite à l’installation des filtres pour contenu téléchargé. Il inclut également l’augmentation du prix de la musique par manque de concurrence, et la réduction du surplus des consommateurs, liée à une baisse de la fréquentation des réseaux de partage par peur de la circulation des fichiers illégaux. Les bénéfices sont représentés par une augmentation potentielle des ventes de CD et de musique numérique légale. Au vu des éléments précédents, on peut se demander si les bénéfices pour les industries culturelles sont à la hauteur des coûts imposés à l’ensemble de la société.
Que s’est-il passé pour qu’on en arrive à ça ? Une personne se sentant (à tord ou à raison) lésée a, de nos jours, trois possibilités :
- Se faire justice elle-même, dans le domaine qui nous intéresse, ce sont des sociétés privées missionnées par les ayants droits qui vont utiliser diverses techniques d’attaque plus ou moins intrusives pour rendre la vie dure aux « pirates », méthodes strictement identiques utilisées en retour, menant, en plus d’une privatisation de la justice, à une véritable guerre civile numérique (ne venez pas dire que vous n’aviez pas été prévenus, ça va faire *très mal*)
- Tenter de réparer le préjudice, c’est ce que font les bénéficiaires de droits d’auteurs un peu partout dans le monde à grand coup de procès en réclamant des sommes parfois faramineuses au titre de dommages & intérêts (sans compter les frais de procédure, bien entendu). Il est fort peu probable que ces sommes, parfois arrachées au bout de longues années de rebondissements judiciaires, aient un réel impact sur leurs revenus, tant l’énergie et le temps dépensés pour les récolter ont coûtés cher. Ceci nous amène tout droit à la dernière méthode.
- Influer sur la politique pour qu’au final, ce soit la collectivité qui prenne en charge une partie de ce coût, c’est par exemple le cas avec la HADOPI, financée par les fonds publics, et offrant aux ayants droits, d’une part une avenue très bien bordée qui va leur simplifier la vie en matière de chasse-aux-méchants, et d’autre part, un allié de taille pour faire peur aux consommateurs et tenter de les faire rentrer dans le « droit chemin ».
Pour aller même un peu plus loin que ce que dit Patrick W, je pense que dans le strict cadre de la HADOPI, le retour sur investissements des ayants droits (qui paient TMG, la boite qui effectue la surveillance technique sur le réseau, une fortune) sera à peu près de 0, si tant est qu’ils arrivent à rentrer dans leurs frais et sans même parler du coût pour la collectivité.
Mais quelqu’un s’est-il arrêté de courir 10 minutes pour réfléchir ? Quel est le fond du problème ? Une certaine catégorie de gens estime qu’elle doit obtenir plus d’argent pour le même travail. Unique solution envisagée sous différente forme, aider ces gens à obtenir l’argent qu’ils veulent, et plutôt que de leur donner, on préfère à présent dépenser l’argent public pour tenir à bout de bras leur ancien modèle économique qui a prouvé sa déficience. On fait comme partout, en somme : de l’assistanat.
Dans mon métier, on applique assez souvent la maxime d’un grand homme qui a dit « dites nous de quoi vous avez besoin, on vous expliquera comment vous en passer ».
Non pas qu’il ne faut pas que le droit d’auteur soit rémunéré, mais il peut être rémunéré autrement.
Et mon petit doigt m’a dit ce matin (tout de go, au réveil, comme ça) : « ceux qui piaillent aujourd’hui pour de l’argent ne sont pas ceux qui en ont besoin même s’ils veulent faire croire à tout le monde qu’ils portent également la voix de ceux la ».
Et maintenant, que veulent-ils encore ? Augmenter la taxe sur la copie privée. Dites, les gars, la vente de musique, votre métier la, ça représente quel pourcentage de votre chiffre d’affaire, au juste ?
Je suis à deux doigt (trois, si on compte le petit) de faire un appel à la désobéissance civile, mais je vais tenter de me retenir.
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