
Vous devriez commencer à avoir une assez bonne idée de comment marche BGP. Malheureusement pour vous, comme pour tout le reste de l’informatique, il y a des choses en dessous, au dessus et à coté.
Aujourd’hui, nous allons faire une petite parenthèse pour parler d’un à coté qu’on rencontre très souvent quand on parle de BGP. Il s’agit d’un autre protocole de routage qui porte le doux nom d’OSPF pour Open Shortest Path First. Comme le nom l’indique, il permet de trouver le plus court chemin.
Quelles différences entre OSPF et BGP (attention, info simplifiée) :
- OSPF ne comporte pas (ou très peu) de mécanismes permettant de faire de l’ingénierie fine sur les routes
- OSPF est un protocole basé sur le multicast, les routeurs présents sur un même switch peuvent tous discuter ensemble et s’échanger des routes sans (ou avec très peu) de contrôle
- Le temps de convergence d’OSPF est très court comparé à celui de BGP, pour peu que la table de routage ne soit pas très importante
- L’OSPF ne connaît que des routes, il n’a aucune notion d’AS
- L’algorithme de tri de l’OSPF est beaucoup plus gourmand en ressources que celui de BGP
- OSPF est donc généralement utilisé à l’intérieur des réseaux contrairement à BGP qui l’est majoritairement à l’extérieur
Alors à quoi ça sert ? Imaginez une infrastructure BGP avec deux routeurs. Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, vous allez mettre en place une session BGP de transit sur chacun de ces routeurs ainsi qu’une session iBGP entre les deux pour que le trafic puisse s’écouler dans tous les sens et pour éviter les boucles si votre réseau compte plus de 2 routeurs.
Je ne vous l’ai pas dit, mais lorsque deux routeurs d’un même réseau s’échangent leur meilleures routes, il y a deux possibilités :
- Soit ils s’indiquent eux-mêmes à leur petit copain d’à coté comme étant le prochain saut (next-hop) à faire pour aller à la destination, auquel cas, aucun problème
- Soit ils indiquent le premier saut en dehors du réseau, dans ce cas, il faut que le routeur sache comment y aller.
Comment le routeur B pourrait-il être au courant de l’endroit où se situe l’interconnexion avec l’opérateur de transit du routeur A ? C’est la qu’intervient OSPF. En configurant les deux routeurs pour discuter OSPF entre eux, ils vont s’échanger les informations locales au réseau. Par exemple, A va dire à B « j’ai une patte sur le réseau 194.24.56.0/30 » puis, le BGP dira « pour aller vers telle IP, le prochain saut est 194.24.56.3 ». B extrapolera de lui même qu’il faut demander à A pour joindre ce prochain saut.
Lorsque votre bordure de réseau compte 12 routeurs, c’est bien pratique. Vous configurez des liens OSPF entre tous ces routeurs et ils sauront tous immédiatement l’ensemble des interconnexions de tous leurs camarades.
Mais ce n’est pas le seul usage de l’OSPF. En effet, sous votre couche de routeurs BGP, vous aurez peut-être installé d’autres routeurs (dits de « coeur de réseau ») ou même des firewall. Chacun de ces équipements sera bien entendu relié au moins à deux routeurs BGP pour la redondance.
Il n’est pas forcément question que cette seconde couche de routeurs apprenne l’ensemble des routes d’internet, par contre, il leur faut au moins une route par défaut. Pour que la redondance soit automatique, il est exclu d’indiquer une route par défaut dans la configuration du routeur.
On utilise là aussi OSPF en disant à nos routeurs BGP de devenir l’origine de la route par défaut (default route originate) ce qui aura pour effet d’indiquer à tout routeur connecté qu’il faut remonter aux routeurs BGP pour aller plus loin.
Notez que les routeurs BGP vont mutuellement s’envoyer la route par défaut également, mais ce n’est pas grave dans la mesure où ils disposent normalement tous de routes plus précises pour joindre Internet. On prendra peut-être quand même la peine de configurer un filtre pour que les routeurs BGP n’acceptent pas, via OSPF, de route par défaut de leur petits camarades pour éviter du pingpong dans les traceroute effectués à destinations d’adresses inexistantes sur Internet.
Après un weekend de repos bien mérité, j’essaierai de vous toucher deux mots sur les communautés.
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