Suite à cet mon article expliquant comment prendre l’IP de quelqu’un, qui à lui même été repris sur OWNI, Michael de anti-hadopi.com indique qu’il est aujourd’hui impossible d’envoyer un paquet avec une fausse IP source :
Tous les routeurs de tous les ISP du monde et a fortiori les routeurs centraux des carriers appliquent par défaut une règle qui interdit le “source routing”. Donc, pas de chance, si vous envoyez un paquet avec une adresse source différente de la votre il ira tout simplement à la poubelle sans bruit … Ca serait un peu trop facile quand même 😉
Hormis le fait qu’il est strictement impossible, pour ce que Michael appelle un « carrier » (un fournisseur de transit mondial, dans notre jargon), de configurer ses équipements pour détecter les fausses IP dans les paquets, tant le trafic est dense et mouvant (il peut à un instant T arriver par telle route puis basculer par telle autre), je me suis posé la question de savoir si, depuis mes derniers tests datant d’il y a plusieurs années, les fournisseurs d’accès avaient effectivement configuré leurs routeurs de coeur de réseau pour dire « si tu vois passer un paquet en provenance des abonnés vers dehors et qu’il n’a pas une IP source sous notre responsabilité, jette le ».
Je n’ai bien entendu pas testé tous les FAI de France et de Navarre, ce serait trop long, mais j’ai fais deux tests. La méthodologie est basique, je dis à ma machine qu’elle est responsable de la fausse IP et j’utilise la fonction -S de ping pour envoyer un paquet avec cette IP source. Du coté de la destination, je lance un logiciel d’écoute sur le réseau (tcpdump) en lui demandant de m’afficher tout le trafic qui provient de cette fausse IP source. Si je vois arriver les paquets que j’envois, c’est qu’aucun des opérateurs traversés n’a jeté mes demandes. Je ne vous fais pas de copier/collé du résultat, c’est totalement falsifiable, il faudra me croire sur parole ou tester vous-même pour vérifier.
Premier test, envoyé depuis un réseau situé derrière TATA Communications (opérateur indien), un paquet avec une IP Bouygues Telecom vers le réseau de BULL : je recoit sans problèmes les paquets.
Second test, envoyé depuis une machine hébergée chez Free (Dedibox), un paquet avec une IP de l’hébergeur OVH vers une machine chez Orange : ça passe aussi.
La méthode est discutable :
- Elle ne met pas en jeu des machinbox chez l’abonné final, peut-être que ces box font aujourd’hui un filtrage sur l’IP source. Et même si elles n’en font pas, elles sont quasiment toutes aujourd’hui configurées en mode routeur, empêchant de facto de sortir avec une autre IP que celle de la box, puisque c’est elle qui la gère. Reste qu’il est toujours possible d’utiliser un modem acheté dans le commerce qui ne souffrira d’aucune manipulation étrange de la part du fournisseur d’accès.
- Elle n’a été testé qu’en ICMP, peut-être que certains opérateurs font des choses contre nature avec TCP et/ou UDP, mais je doute.
- Elle ne met en jeu que 5 ou 6 réseaux (si on compte ceux traversés par les données) j’ai eu la flemme de chercher des accès ailleurs pour faire un test à grande échèle (je n’ai rien de dispo chez SFR, par exemple).
Une chose est claire, il est tout à fait possible, de nos jours, d’envoyer des paquets falsifiés d’a peu près n’importe ou sur le réseau, n’en déplaise à Monsieur anti-hadopi.com qui semble persuadé du contraire.
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