
Bonsoir Muriel,
Vous permettrez que je vous appelle par votre prénom ? Nous n’avons ni l’un ni l’autre gardé les cochons, encore moins ensemble, mais vous avez l’air de dire que je suis, parmi d’autres, un grossier personnage, ou en tout cas quelqu’un faisant usage de méthodes grossières. Je me sens très honoré d’une telle considération de la part d’un député. J’imagine en effet que votre travail juridique est bien au dessus de celui qui a du être fourni par la petite équipe de FDN pour arriver devant le juge au Conseil d’Etat.
Vous me permettrez toute fois de relever quelques erreurs dans votre billet d’humeur d’aujourd’hui. Je ne me permettrais pas de les qualifier de grossières, ayant déjà pris une grande liberté au début du présent billet.
- Le recours de FDN ne portait pas « contre la HADOPI » mais contre un décret d’application. C’est fort différent.
- Nous n’avons, pas plus FDN que qui que ce soit d’autre engagé sérieusement dans la lutte visant à préserver la neutralité du réseau, aucune intention de freiner la lutte contre le piratage. Des lois condamnant ces pratiques existent déjà depuis fort longtemps et ce sont ces lois que nous aurions attaqué si le droit d’auteur était inexistant ou injuste à nos yeux.
- Non, la HADOPI, en l’état actuel de son action en tout cas, ne contribue en rien à développer internet, ni civilisé, ni respectueux de quoi que ce soit. Elle ne fait que faire planer une vague peur du gendarme. Un certain nombre de projets visant à réfléchir sur l’avenir sont parait-il prévu, mais le 15 septembre 2010, la haute autorité n’a communiqué que sur son rôle répressif envers les gens qui « sécurisent mal leur accès internet » (même pas les pirates, vous n’avez pas pu passer à coté de ça). Notez que je serais le premier à me déplacer rue Texel, je l’ai déjà fait d’ailleurs, pour apporter mon concours à des discussions et actions constructives sur l’avenir du droit d’auteur et des réseaux, comme je l’ai déjà dit à Eric Walter.
- Je me vois dans l’obligation de vous apprendre la signification du mot pirate : « Personne qui cherche à s’enrichir aux dépens des autres ». Hormis les mafias diverses et variées qui vendent plus ou moins à la sauvette des contenus contrefaits et qui ne sont pas le moins du monde visés par la loi HADOPI malgré les quantités colossales d’argent détourné, qui, dites-moi, peut être qualifié de pirate ici bas ? Quel adolescent de 15 ans gagne de l’argent en téléchargeant le dernier tube à la mode sur Emule ? Et quand bien même ce serait réellement préjudiciable à « la création », ce qui reste encore à démontrer, croyez-vous vraiment qu’il cessera sa consommation gratuite si sa connexion à internet venait à être coupée ?
Je me permettrais par ailleurs d’ajouter un troisième « Dans un Etat de droit » à votre liste :
Dans un Etat de droit, l’intérêt de quelques personne, riches qui plus est, ne peut en aucun cas primer sur l’intérêt de toutes les autres.
Ne vous méprenez pas sur les personnes décrites dans mon propos :
- « quelques personnes » sont les richissimes qui influent sur la politique pour la faire accoucher d’erreurs comme le volet répressif porté par la HADOPI. Si vous n’avez jamais été victime de ce genre de pressions parfois pernicieuses, vous pouvez vous estimer fort heureuse.
- « toutes les autres » ne sont pas ceux que vous qualifiez de pirate mais ceux qui ont tout à perdre dans les aberrations techniques que la haute autorité est censée mettre en place.
OUI, la consommation de contenus protégés par un droit d’auteur sans payer, c’est mal.
OUI, vouloir filtrer et censurer internet, c’est pire.
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