
Malgré le fait que les « ressources rares » (voir ci dessous) ne soient pas gérées par la très célèbre administration française, c’est tout de même un sacré parcours du combattant.
Pour commencer, de quoi parle-t-on ? D’adresses IP et de numéros de systèmes autonomes. Il ne peut pas y avoir, en tout cas sur les blocs publics, deux machines qui ont la même adresse sur Internet. Si c’était le cas, comment savoir qui parle à qui ? Il en va de même pour les numéros d’AS, d’ou la dénomination de « ressources rares »
Pour gérer l’attribution de ces ressources, l’IANA délègue des blocs aux registres régionaux (RIR). Pour l’Europe (au sens large du terme), c’est au RIPE qu’on a affaire (voir mon article sur la pénurie d’adresses pour comprendre les mécanisme d’allocation successif jusqu’à l’utilisateur final)
Avec le RIPE, vous avez deux moyens de fonctionnement :
- Vous voulez être indépendant, pouvoir ouvrir votre bouche lorsqu’il s’agit de décider quelque chose et participer a l’effort général pour faire d’Internet un monde meilleur, vous devenez LIR (Local Internet Registry), membre du RIPE NCC qui, moyennant une obole annuelle variant de 1300 à 5500 € en fonction du nombre de ressources utilisées plus une petite prime à la souscription de 2000 €, vous donne les clés pour obtenir des blocs d’adresses IP pour les redistribuer à vos clients (oui, l’indépendance, ça coute cher)
- Vous trouvez un fournisseur qui est déjà LIR et qui paie déjà tout ça. Il va être a même de vous procurer un numéro d’AS et des IP qui n’auront, techniquement, aucune différence par rapport à ce que vous auriez obtennu en devenant LIR. Le distingo est au niveau administratif, en optant pour ce système détourné, vous ne pouvez théoriquement pas allouer ces IP a vos clients mais uniquement pour votre propre usage. Dans les faits, les RIR n’ont quasiment aucun moyen de savoir ce que vous faites des IP.
Vous voila armé administrativement. Un bloc de quelques IP vous aura été alloué (de quoi tenir 6 mois de croissance selon les prévisions que vous aurez fourni au RIPE, avec, de mémoire, un minimum de 1024 adresses) ainsi qu’un numéro d’AS vous permettant de voler de vos propres ailes sur le réseau. Le secret, dans la communication avec le RIPE, c’est l’honnêteté, la transparence et les bonnes prévisions.
Une fois que tout ceci est bordé, il faut encore négocier avec vos fournisseurs de connectivité pour qu’ils acceptent de parler BGP avec vous et d’établir une facturation à l’utilisation plutôt qu’au forfait. Autant vous le dire vite, aucun des trois grands FAI nationaux ne propose ce genre de prestation sur de l’ADSL, ce qui réduit pas mal, au moment ou on parle, le champ des possibilités en matière de redondance (mais on y travaille, entre autre via la fédération FDN)
Vous pouvez vous rendre sur mon billet BGP, quand, pourquoi et comment ? pour commencer des choses plus concrètes en matière de configuration BGP une fois que vous avez les ressources rares idoines à votre disposition.
Dans le prochain épisode, je vous expliquerais comment aller chercher de l’Internet haut débit pour pouvoir brancher votre FAI associatif local a autre chose que des liens ADSL.
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