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Comment devenir son propre FAI (5 – le très haut débit)

9 août 2010 6 163 vues 11 commentaires
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Si vous êtes arrivé jusqu’ici, vous avez déjà théoriquement une idée assez précise de la manière de faire un FAI.

Avant de passer à la pratique, il faut envisager les solutions disponibles pour se relier à internet. Pour commencer, il faut évincer deux idées qui peuvent se faire passer pour des évidences quand on n’est pas dans le métier :

  • la bande passante chez les opérateurs ne coute pas 1 euro pour 1Mbps (mais plutôt entre 5 et 100 fois plus cher selon les cas)
  • mais fort heureusement, lorsqu’on vends a des particulier, nul besoin d’acheter tout ce qui est vendu. Autrement dit, pour s’en sortir financièrement, il faut pratiquer le surbooking.

Avant d’étudier le ratio bande passante par abonné de notre FAI, nous allons commencer par faire un petit tour de la question du très haut débit. Quels sont les acteurs qui, aujourd’hui, proposent plus de 100Mbps symétriques en matière de connexion Internet ? Il y en a beaucoup, en fait. Le principal problème étant qu’on ne les trouve que dans des datacenters.

Il faut, pour s’y rendre, utiliser un système de transport :

  • soit un loueur de fibres qui vous livrera un lien entre le centre de votre petit FAI et un datacenter
  • soit, si vous êtes géographiquement proche et que vous vous entendez bien avec le-dit datacenter, un pont wifi directement depuis le toit du bâtiment.

Le cout de la seconde solution est difficilement évaluable, le cout de la première est directement fonction de la distance parcourue, sur une base qui avoisine généralement 2€ par mètre et par ans, mais c’est surtout à la discrétion de la commune traversée, plus cher en milieu urbain, etc … Bref, du cas par cas. Ces opérateurs, pour les longs trajets, ce sont généralement les sociétés d’autoroute et RFF (propriétaire du réseau ferré français). Localement, une myriade d’opérateurs oeuvrent plus ou moins dans l’ombre. Ce sont généralement des sociétés privées bénéficiant de contrat de délégation de service publique (et donc de financement) pour exploiter un réseau à l’échèle d’une communauté de communes ou d’un département.

Il existe enfin des opérateurs qui proposent le transport et la connexion internet en un seul produit. Ça peut être une opération intéressante, mais il faut comparer. (Orange, Completel, …)

Il y a aussi et surtout un très gros cout de mise en service variant de 5 a 20000 euro par extrémités. Autant dire que c’est aujourd’hui hors de porté d’une petite association, mais si les pouvoirs publiques s’en mêlent, ça peut se digérer. Pour une association plus conséquente, 2 ou 300 adhérents, par exemple, ça donne environ 150 euro de mise en service par abonné pour obtenir un débit correct, c’est pas grand chose.

Il est aussi possible de faire appel au privé. Une entreprise locale a besoin d’une connexion fibre ? Elle est prête à payer la mise en service mais voudrait diminuer le récurrent ? Votre association paiera un bout de la fibre de l’entreprise pour pouvoir l’utiliser. A chaque bout, le trafic de l’un et de l’autre sera séparé et chacun se débrouillera pour rejoindre Internet par la ou ça lui chante.

Maintenant que vous avez le transport jusqu’à un datacenter, vous y trouverez plusieurs opérateurs. Le débit souscrit conditionne directement le prix unitaire du Mbps. Pour de petites quantité, 10Mbps, par exemple, vous aurez du mal a trouver moins de 20 ou 30 euro par Mbps pour quelque chose de convenable. Si on monte a 100Mbps, on descends tout de suite a un prix unitaire situé entre 10 et 15. Si on monte a 500, on se situe aujourd’hui entre 6 et 7.

Mais combien prévoir ? Aujourd’hui, pour citer le cas de FDN qui dispose de quelques 120 lignes ADSL actives a ce jour, la consommation globale facturable par un opérateur est de moins de 20Mbps, soit environ 170Kbps par abonnés. Longtemps, les grands FAI nationaux n’ont prévu que 50Kbps par abonné sur leur réseau, la tendance est à la hausse avec l’évolution de la consommation et les vidéos, mais on reste très loin des 30Mbps promis a tout le monde avec l’ADSL2+.

Le plus simple reste encore de trouver un fournisseur de transit qui accepte de vous prendre à l’essai (ou avec une limitation maxi de la conso pour ne pas exploser la facture), puis de négocier le tarif une fois que le profil de consommation a été déterminé.

Et tant que la masse critique n’est pas atteinte, si vous n’avez pas de datacenter ou de fibre utilisable à proximité, vous serez encore contraint d’empiler les modems ADSL, en attendant mieux.

Pour poursuivre, nous aborderons ensuite un cas concret de FAI local utilisant des connexions wireless.

11 Comments »

  • Xavier said:

    Quand on n’est pas dans le métier, une suite d’articles très intéressants, merci!

  • Bruno (author) said:

    Je vais tâcher de continuer. Si des gens ont des thèmes en tête qui devraient être abordés ici, je suis preneur .. je manque parfois d’inspiration :)

  • Michael said:

    Si tu cherches des sujets, je peux en trouver des tonnes.

    Il y a les histoires d’accord de peering et de transit, un peu comme expliqué sur http://arstechnica.com/old/content/2008/09/peering-and-transit.ars .
    Il y a la gestion des histoires juridiques ( ça, c’est vaste ), entre les obligations en matiére de log, les couts à prévoir, les risques et la façon dont les flics peuvent débarquer ( et le fait qu’ils ne vont sans doute pas débarquer, en fait ).

    Ensuite, tu peux rajouter tout ce qui concerne la supervision du réseau, les outils de métrologie diverses et variés ( smokeping, etc ).

    Je pense que tu peux aussi mettre un petit texte sur la sécurité ( ie, comment peut on réagir si on détecte un Dos venant de chez ses utilisateurs, avec divers approches, avantages, inconvénients, légalités, déontologie, etc ).

    Et enfin, un point sur des technos qu’on voit pas souvent chez les FAIs, genre de l’ipv6, du multicast sur internet, etc.

    Et un dernier truc, les méthodes qu’utilisent certains FAIs pour diminuer la consommation de BP, ( proxy, transparent ou non, serveur miroir de distribution en local, etc ), en expliquant aussi pourquoi certaines techniques sont controversées.

    Cerise sur le gateau, un point sur les FAIs associatifs en europe en dehors de France m’intéresserait. J’ai un peu l’impression que la france est le seul pays de l’union à avoir ce genre d’initiative.

  • Bruno (author) said:

    Youhouu j’en ai au moins jusqu’à noël si ce n’est jusqu’à l’été prochain avec ça :)

  • cipic said:

    il y aura des lecteurs en tout cas ! merci ;)

  • patpro said:

    Ouais, c’est bien cool tout ça, merci Bruno ;)

  • Antoine said:

    En fait il me manque un élément pour etre mon FAI perso, je suis LIR, j’ai le matos , la connaissance, mais il me manque un truc:

    – je suis FAI , j’achète un IP adsl a FT
    – j’ai mes ip mon as tout va bien

    après je suis perdu, Ft va me faire payer mon traffic de collecte ip adsl, comme je suis a grenoble je vais sans doute « sortir » de FT a lyon

    A qui je m’adresse pour un peering ? Je n’ai pas bien capté comment FDN a obtenu son peering chez SFR par exemple

  • Bruno (author) said:

    Ce n’est pas un peering que tu cherche mais du transit qui va relier ton AS au reste du reseau. Tu peux demander à SFR de te fournir ça dans tous leurs datacenter (mais pas que à SFR, il y a des tas d’operateurs de transit.

    Tu pourra peut être échanger du trafic en peering direct avec quelques acteurs lyonnais mais pour en attraper le plus possible, il faudra malheureusement monter à paris avec ton reseau.

  • Dr.Wily said:

    Bon, je commente cet article en particulier, alors que j’ai quasiment tout lu ici sur ce sujet. Je teins à dire qu’ils sont tous aussi bons, concret et bien documenté. Mais le point le plus important à souligné pour ma part, est que ce sont les seuls à parler du sujet (structure du net, création FAI…) ouvertement et de façon détaillée.

    En tout cas ca donne envie de rejoindre une asso FAI histoire de grandir un réseau indépendant et libre surtout. (phrase cliché j’en suis conscient, mais tout à fait représentative de ce qu’il adviendra du Net si l’on ne fait rien).

    merci pour ces articles ! ;)

  • Sylvain said:

    Antoine, intéresse-toi au Lyonix, qui est un point de peering Lyonais mais aussi un NAP, c’est à dire un point d’accès au réseau qui t’autorise à acheter du transit et à te le faire livrer là. Ca te permettra de te faire livrer de la BP par des opérateurs qui la ramèneront de Paris, mais aussi d’ailleurs. Cerise sur le gâteau, le Lyonix est aussi relié à d’autres GIX (point de peering) : en Italie, à Toulouse (le Touix), et à Paris (le FR-IX) donc tu pourras y récolter pas mal de peering.
    Et ce sera localement beaucoup plus intéressant pour toi de pouvoir ainsi peerer avec tes voisins Rhin/Rhone qu’en remontant tout jusqu’à la capitale.

    Généralement parlant vous qui vous intéressez à faire des FAI locaux, recherchez quelles autres initiatives locales vous entourent : que ce soit des réseaux mutualisés ou des GIX locaux : préférez le réseau proche de vous plutôt que d’aller le chercher à Paris.

    Et si vous avez accès à un datacenter dans lequel il n’y a pas de GIX demandez-vous ce que ça coûte d’en créér un ; réponse : le prix d’un switch ! Et ça m’intéressera que vous m’en parliez.

  • ed said:

    Merci pour cette série d’articles tellement intéressants qu’on regrette qu’ils ne soient pas un peu plus approfondis ^^
    Qu’en est-il des liaisons SDSL entre moi (le FAI) et le data center ? Est-ce techniquement (débit) et financièrement viable ? J’ai vu que c’était sur la base de forfaits, comme l’ADSL qu’on a à la maison.

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