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Les cryptomonnaies et l’état

4 août 2014 1 029 vues 5 commentaires
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Petit manuel concernant la bonne gestion des cryptomonnaies à destination de l’état


Crédt photo : Duncan Rawlinson

Crédt photo : Duncan Rawlinson

Pourquoi est-ce que nos monnaies marrantes font des sueurs froides aux états ? Parcequ’ils se disent que les gens sont des filous et que leur premier but dans la vie est de frauder l’administration fiscale. Du coup, qui dit absence de traçabilité de l’argent dit absence d’impôt.

La version officielle du discours, c’est la noble lutte contre le terrorisme, la pédophilie, la drogue ou tout autre chose vilaine à l’esprit de la majeure partie de nos concitoyens. C’est de la poudre aux yeux, puisqu’on sait fort bien que la traçabilité des cryptomonnaies majoritaires est quasi garantie, si on met de coté les services de blanchiment qui ont de toute façon une fâcheuse tendance à disparaître ou à se faire tellement petits qu’une utilisation majoritaire est peu probable.

Pour protéger sa rente, l’état accorde, via l’ACPR, des autorisations de traiter des bitcoins. Concrètement, ça doit être à peu près la même que des boites comme Western Union doivent demander. Le gros intérêt de ça, c’est qu’avant de traiter avec un client, la boite doit relever son identité, histoire que si l’argent sert à faire des crapuleries, on ait une chance de retrouver la personne.

Bon, une pièce d’identité, surtout quand elle n’est absolument pas vérifiée par la personne qui est derrière le guichet, ça engage pas à grand chose, mais si ça peut leur faire plaisir, pourquoi pas…

Par contre, là où c’est un brin chiant, c’est qu’il faut se taper l’accord de l’ACPR pour pouvoir innover un peu en matière de cryptomonnaies. Je ne l’ai pas encore demandé, mais rien qu’en lisant les formulaires, on attrape des boutons. Dans l’absolu, me concernant, je cherche à faire ça proprement. Je ne veux pas vendre des AK47 ou des sacs de poudre. Je veux juste pouvoir payer ma bière dans mon pub favori.

Toutes les cryptomonnaies se basent sur des identifiants de portefeuilles. Partant de là, pourquoi ne pas imaginer une API permettant d’assouplir les règles ?

Scénario :

J’ai besoin de 220mBTC, je me rend à la maison du bitcoin rue du Caire à Paris, je donne mon passeport à la dame, je lâche quelque chose comme 100 € avec ma CB et boum mon wallet est plus riche de 220mBTC. La dame a fait un scan de mon passeport comme l’ACPR lui a demandé.

L’intérêt de ce scan, c’est que l’ACPR puisse demander à la dame qui a acheté ces bitcoins. Elle est donc amenée, à un moment, à venir demander ce scan à la maison du bitcoin.

Partant de là, pourquoi ne pas envoyer à l’ACPR l’identifiant du wallet en indiquant qu’on a le scan de pièce d’identité à dispo ? D’une part l’ACPR a l’information sous la main qui lui permet de lutter contre le terrorisme, la pédophilie et l’évasion fiscale et en prime, elle peut constituer une API   à laquelle des souscripteurs d’une convention plus légère avec l’ACPR pourront accéder et qui leur dira « oui, ce wallet là, on sait que quelqu’un sait qui c’est et tu peux traiter avec la personne qui de demande un change de monnaie sans risquer les foudres administratives ».

Du coup, le boulanger du coin pourra d’une part accepter les paiements basés sur une cryptomonnaie quelconque (ce qu’il peut théoriquement déjà faire, moyennant une sérieuse discussion avec son centre des impôts ou l’utilisation d’un mandataire qui fera la conversion en Euro pour lui) mais aussi proposer de l’échange de monnaie en toute quiétude avec les wallets des gens qui auront été vérifiés.

Je ne suis pas fana du fichage, mais cette solution a l’élégance de ne pas centraliser l’information tout en la conservant disponible « au cas où » et en garantissant à peu près son effacement dans les délais légaux puisqu’elle sera au mains des entités qui font les vérifications. Si c’est un moyen d’arriver à développer la monnaie non bancaire, ça me semble un compromis acceptable.

En allant plus loin, c’est une première piste pas idiote pour jeter les bases de la gestion de l’identité numérique de demain et avancer vers des monnaies de 3e génération qui pourront, grâce à un meilleur contrôle de l’unicité des wallets, implémenter les notions du revenu de base.

Evidemment, ça suppose que l’état ne soit pas pourri jusqu’à la moelle par le lobby bancaire. Et ça, c’est pas gagné.

5 Comments »

  • Jeremy said:

    Tu ne confonds pas Wallet et Adresse ?

    Lorsque j’ai installé BitcoinQT sur mon PC, j’ai un wallet qui a été automatiquement créé. Mais ce wallet n’a aucun identifiant public. Par contre, il me permet de générer des adresses de paiement pour transférer des bitcoins sur ce wallet. Ces adresses sont publiques. Mais pour chaque transaction je peux créer une adresse de paiement différente si j’ai envie. Quelle traçabilité tu peux faire dans ce cas là ? Comment savoir quelles adresses sont liées à quel(s) wallet(s) ?

  • Bruno (author) said:

    Aucun besoin : si tu génère une autre adresse tu devra aller la « faire valider » pour que les gens acceptent de traiter avec toi.

    Pour aller plus loin, chaque transaction est liée à la précédente. Même si ce n’est pas l’assurance de pouvoir lier entre elles de manière certaine les adresses d’une même personne, ça permet quand même pas mal de choses.

  • Pat said:

    Merci pour cet article intéressant.

    La majorité des crypto-monnaies fournissent une traçabilité totale et définitives à travers le blockchain. Du coup si vous vous identifiez lors de l’achat, disons de bitcoins, sur un compte alors tout ce que vous allez dépenser à partir de votre compte sera traçable pour toujours.

    Je trouve que c’est une régression inacceptable pour les citoyens. Actuellement je fais toutes mes dépenses en liquide et pas par carte bancaire justement pour conserver une intimité. Mon banquier, tout brave homme qu’il est, n’a absolument pas à savoir ce que je fais de mon argent, où je fais mes courses, quels restos j’aime fréquenter, etc. c’est ma vie.

    Par contre je serais tout à fait favorable à ce que toutes les dépenses du gouvernement, ce jusqu’au moindres, soient faites dans une crypto-monnaie à blockchain public. Cela permettrait de rétablir les choses dans le bon sens car, l’a-t-on oublié, l’entité que l’on appelle Etat en fait c’est nous, et l’argent que l’Etat dépense c’est notre argent. C’est également nous qui avons délégué à ceux que nous avons élus le droit de s’occuper de nos affaires (pour un temps limité). Ces gens là sont donc, comme l’Etat, à notre service, il ne faut surtout pas l’oublier. C’est donc à ce titre que je trouverai parfaitement normal et naturel que la totalité des transferts monétaires vers et depuis l’Etat soit consignée dans un journal comptable public. Chacun des comptes devrait être documenté et chacun des mouvements depuis ou vers ces comptes justifié par un commentaire permettant d’identifier précisément la nature du transfert. Je serais d’avis qu’aucune transaction d’aucune sorte effectuée au nom de l’Etat ne puisse déroger en aucune façon à cette règle.

    Voilà pourquoi lorsque j’entends des officiels parler de blanchiment d’argent à propos de bitcoin cela me fait sourire car la réalité est exactement opposée à ce que ces gens là nous racontent, rarement par malhonnêteté mais généralement par ignorance. En fait les cryptomonnaies sont de formidables remparts contre la corruption et, comme il est fort probable que les plus grosses malversations qui commises dans notre pays le sont au niveau de l’Etat, l’adoption de crypto-monnaies à journal public procurerait une transparence propice à un retour à des comptes honnêtes.

    Pat

    PS : je suis toujours surpris de voir associé tous les maux du monde (les horribles « terroristes », les terribles nazis, et bien sûr les monstrueux pédophiles) aux crypto-monnaies et je crois pour ma part que le meilleur outil pour acheter des choses illégales reste au niveau mondial de loin le dollar US et au niveau européen l’euro. Et cela ne m’empêche aucunement d’aller boire une bière dans mon bistrot préféré en la payant en euro. L’argent est un artefact d’échange sans plus, et l’émotivité produite autour de la monnaie, et particulièrement en ce moment avec la diabolisation de l’usage de l’argent liquide résulte d’une propagande orchestrée qui a des visées très différentes des bons sentiments affichés. Pour les curieux, renseignez-vous sur l’état des banques et sur ce que signifie pour elles d’importants retraits en liquide – plus d’effet de levier possibles sur les sommes en votre possession – et vous comprendrez rapidement les motivations d’un tel discours, qui résulte en réalité d’une situation de perte de contrôle à court ou moyen terme de l’ensemble du système bancaire.

  • Bruno (author) said:

    Je suis pas mal raccord avec tout ça .. Et si je peux me permettre un conseil, pour rester en ligne avec ce que tu dis, tu devrais éviter d’utiliser gmail :)

  • aVis said:

    L’autre problème des crypto-monnaies, est qu’elles permettent en théorie des échanges non-taxés entre les particuliers, ce qui va poser des problèmes à l’État.

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