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Volontariat et monnaie … L’heure de libérer ?

7 mai 2019 192 vues un commentaire
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Le présent article est un appel à commentaires, idées et conceptions de chacun concernant l’impact que pourrait avoir la libération de la monnaie sur la conception et les façons de pratiquer le bénévolat et le volontariat. Vous pouvez vous éclater dans les commentaires ou ailleurs sur les intertubes mondiaux … Essayez juste de rester courtois et respectueux. Mes excuses aux gens plus doués que moi en monnaie libre si j’écris des âneries. Je corrigerais avec plaisir :)

Quelques définitions pour commencer

Ça n’a l’air de rien, mais le diable se cache dans les détails, il convient donc de commencer par un peu de vocabulaire pour s’assurer que mes définitions de certains mots sont bien comprises. Je précise d’emblée que cet article n’a pas pour but de discuter de ces définitions : je sais que beaucoup auront d’autres définitions, que des trolls voudront pinailler sur des virgules, etc … Si vous préférez d’autres mots pour des définitions approchantes, fort bien, je ne fais pas ce glossaire pour obliger qui que ce soit à les adopter mais simplement pour aider à comprendre la suite de l’article.

Bénévolat : une personne qui s’engage librement pour un temps court (voir très court) et donne de son temps sans contrepartie.

Volontariat : une personne qui s’engage librement sur le long terme, avec des obligations, et donne de son temps sans contrepartie financière.

Monnaie : tout concept permettant de quantifier de la façon la plus universelle possible des échanges entre personnes morales et/ou physiques. Par exemple pour éviter de devoir établir qu’un poulet = 42 poireaux.

Milieu associativo-coopératif : regroupement de gens ayant un but commun à réaliser et œuvrant bénévolement ou pas pour le faire, la différence avec ce qui est généralement nommé « entreprise » réside dans les formes de prise de décision et la décorrélation du poids financier et du poids décisionnel. Ceci se traduit généralement par l’application du principe « 1 personne = 1 voix » par opposition à « plus de sous = plus grosse voix ». Je n’entrerais pas dans les détails des différences entre une association et une coopérative, puisque je m’efforce depuis des années de les gommer.

Lucrativité : organiser les choses dans le but de fabriquer de l’argent nouveau uniquement avec l’argent qu’on a déjà (sssshht ! oui, je sais, c’est sensiblement différent de la définition du dictionnaire).

La libération monétaire

Il y a deux ans est née la June. Pour ceux qui ne suivent pas assidûment ce blog ou cet univers, il s’agit de la première implémentation « grandeur nature » de la Théorie Relative de la Monnaie. Cet article ne disserte pas non plus de la TRM, de la monnaie libre ou des Ğ1, vous trouverez tout un tas de ressources en ligne à ce sujet. Quelques rappels tout de même, pour ceux qui ont la flemme de creuser et veulent quand même continuer cet article :

La June est une cryptomonnaie à blockchain basée sur une toile de confiance (par opposition au bitcoin basé sur la preuve de travail ou le NXT basé sur la preuve de propriété). La monnaie est crée sur le principe du dividende universel : la simple existence physique d’une personne lui attribue une masse monétaire régulièrement crée ex-nihilo par les conventions inscrites dans le bloc 0 de la chaîne.

La Théorie Relative de la Monnaie établi 4 libertés fondamentales :

  • L’in­di­vidu est libre du choix de son sys­tème mo­né­taire.
  • L’in­di­vidu est libre d’uti­li­ser les res­sources.
  • L’in­di­vidu est libre de pro­duire toute va­leur.
  • L’in­di­vidu est libre d’échan­ger « dans la mon­naie ».

Il faut beaucoup de temps pour assimiler tout ça, notamment le plus gros iceberg de la chose : en participant à une monnaie libre à dividende universel, notamment la June, vous obtenez de l’argent régulièrement par le simple fait que vous existez. Oui, de l’argent qui tombe du ciel pendant que vous bullez sur votre canapé. Et non, ça ne compromet absolument pas la stabilité d’un système monétaire si on procède comme ça, entre autre parce que tous les participants du système perçoivent la même quantité de monnaie nouvellement crée selon le même rythme. Pour schématiser, actuellement, certains ont 0 (voir moins quelque chose), d’autres ont un million. Avec une monnaie libre à dividende universel, le premier aura 10 et l’autre 1 000 010.

Il faut simplement changer de point de vue.

Aujourd’hui, la monnaie (l’euro, par exemple) est crée par des banques privées quand elles vous font un prêt immobilier et détruite au fur et à mesure que vous le remboursez. On considère donc que l’outil permettant les échanges (la monnaie) est, en très gros, crée à proportion du nombre d’habitations construites, ce qui se tient : finalement, c’est un assez bon indicateur de l’activité humaine. Mais c’est un système qui a d’énormes défauts. Le simple fait d’exister et de créer de la monnaie en est un autre (qui a probablement lui aussi ses défauts). Il était simplement difficile à faire exister « en vrai » avant la démocratisation de la blockchain puisqu’il aurait dû reposer sur une autorité administrative centrale … qui n’aurait aucun intérêt à mettre en place un tel système libérateur (et ne l’a, d’ailleurs, jamais mis en place).

Cette monnaie possède de nombreuses caractéristiques que je vous laisse découvrir. L’une, des plus pertinente pour ce qui suit, est le mécanisme qui décourage la thésaurisation (attitude consistant à garder son pognon au chaud plutôt que de s’en servir). Le dividende universel quotidien augmentant avec le temps, les 10.07 Ğ1 qui apparaissent chaque jour sur mon compte aujourd’hui représentent une fraction quasi négligeable de ce qui arrivera quotidiennement sur mon compte dans 20 ans. Du coup, à quoi bon les garder ? Et puisque la monnaie est crée de façon égalitaire, le recours au crédit devrait être globalement plus faible qu’avec les monnaies traditionnelles.

Full disclo : je fais partie des « early adopters » de la June, ayant joué un peu avec la version alpha (uCoin) et suivant depuis les quasi débuts toutes les histoires de blockchain. Je ne l’ai par contre qu’assez peu utilisée ces deux dernières années en dehors de flécher mes Ğ1 vers le fonctionnement interne de la blockchain ou le développement logiciel ainsi que quelques autres causes locales qui m’ont paru valoir le coup. Bref, contrairement aux bitcoins avec lesquels j’ai refais une partie de ma garde robe et l’équipement informatique de mes marmots, je n’ai jamais rien acheté de tangible avec mes Ğ1.

Le volontariat

Voilà une dizaine d’années que je pratique le bénévolat dans diverses structures plus ou moins locales du milieu associatif. Pour être plus précis et reprendre les définitions ci dessus, je pratique le volontariat dans le tissus associativo-coopératif. Évidemment, chacun a ses marottes. Les miennes tournent autour d’internet et de l’informatique en général, mes engagements sont donc autour du logiciel libre, de l’internet libre, etc …

Cet article n’a pas non plus (décidément) pour vocation de disserter des limites du volontariat (ou même du bénévolat), mais un bout quand même : pour ma part, à force de m’être trop impliqué, j’ai fini par me faire taper sur les doigts au motif que j’investissais trop de temps et que je devais être rémunéré pour ça parce que ça devenait dangereux pour la structure si jamais je m’épuisais ou que je ne pouvais pas vivre correctement à côté. De fil en aiguille, ces actions ont finalement mené à la situation actuelle : je continue à faire du volontariat mais une bonne moitié de ce qu’il me faut pour faire vivre ma famille provient de cette même structure. Je vous parlerais peut être un jour de la difficulté à concilier volontariat et travail rémunéré au sein d’une même structure.

Au début, je faisais de l’internet associativo-coopératif parce que je trouvais ça amusant et important. Il est donc compliqué de parler du côté désintéressé de la chose. Je n’étais pas intéressé financièrement, mais ça nourri ma curiosité et ma soif, donc j’y ai un intérêt. J’ai continué à le faire parce que dans un second temps je me suis rendu compte qu’en plus ça me permettait d’agrandir mon tissus relationnel et, probablement en compensation de mes jeunes années ou je ressemblais plus à un cafard qu’autre chose, j’aime bien rencontrer des gens, 3e intérêt donc. Maintenant, en plus de tout ça, ça rapporte de quoi manger, 4e intérêt.

Je ne peux donc décemment pas dire que je pratique tout ça de façon désintéressée, ni financièrement ni autrement.

De l’intérêt

Notre société fait une différence forte entre le lucratif et le non lucratif. Entre la gestion désintéressée ou intéressée. L’argent c’est sale. Les riches sont des salauds, et puis tout le monde veut devenir salaud quoi (citation de Coluche).

Dans quelle mesure tout ceci change lorsque les principes monétaires de base changent ? Si la création monétaire n’est plus séquestrée et privatisée, si les échanges monétaires sont transparents, est-ce toujours aussi sale et convoité de gagner de l’argent ? Les risques de conflits d’intérêts sont-ils identiques ? Plus largement, la façon dont l’argent est envisagé change-t-elle, et avec elle, la définition des notions d’engagement, de lucrativité et d’intérêt ?

Dans un autre registre, nos sociétés fonctionnent en grande partie sur le concept de l’impôt. L’intérêt de tous est que ça fonctionne mais de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer ceux qui ne le jouent pas le jeu (point évasion fiscale, yes !) et force est de constater que même sur la part convenablement payée, le bon usage n’est pas toujours au rendez-vous. La donne est elle-différente avec une monnaie libre ? L’impôt pourrait-il glisser vers une contribution générale librement choisie (monétaire ou pas, d’ailleurs) ?

Et du coup, on fait quoi ?

Maintenant que j’ai lancé quelques questions (vous êtes libres d’en ajouter, hein :)), passons à l’étape pratique. Voilà ce que j’ai prévu « pour commencer » :

Comme la monnaie libre n’est absolument pas adossée à l’euro (ou à une quelconque autre monnaie), difficile de dire « bon ben euhhh, au lieu de me filer 10 euro, on a qu’à dire que tu me file 100 Ğ1 ». Plus précisément, ce genre de deal peut se faire mais uniquement entre personne librement éclairées :

Il faut, d’une part, s’assurer que les participants ont de la monnaie libre sous la main (et qu’ils soient donc co-créateurs certifiés et/ou vendent des objets/prestations à un rythme régulier), d’autre part que ceux qui récoltent cette monnaie ait un moyen de la dépenser (puisqu’à priori personne ne la reconvertira en euros). Et que tout ça tourne de sorte que personne ne se retrouve contraint à thésauriser. Si c’était le cas, l’opération ressemblerai fortement à une pyramide de Ponzi qui s’écroulerait plus vite que prévu, et ce n’est pas le but.

Bref, il faut identifier des boucles monétaires existantes pour les remplacer. C’est le problème que connaissent toutes les MLCC (monnaies locales complémentaires et citoyennes), mais elles ont l’avantage de pouvoir reconvertir en euro, il est donc plus simple de convaincre d’éventuels nouveaux participants : « dans le pire des cas, si les boucles ne marchent pas, tu pourra toujours récupérer la majeure partie voir la totalité des sous en euro ».

J’ai commencé le travail, mais c’est long. Et du coup, je me dis que je vais également tenter de fabriquer des boucles. Je m’en vais donc, de ce pas, coller un QRCode sur le frigo à bière (embryon de bar associatif dans notre tiers lieu) pour permettre de payer les bières en Ğ1, en expliquant que si on ne parviens pas à fabriquer au moins une boucle, il faudra que chacun récupère sa monnaie libre et mette l’équivalent en Euro dans la boite à sous qui trône sur le frigo, sinon, plus de bières.

Une (petite) boucle assez simple à faire consiste à donner une partie de la monnaie libre collectée à celui qui ira faire les courses, en espérant que, tant qu’on ne trouve pas un brasseur qui accepte la monnaie libre, la quantité d’euro dans la boite permettra de payer la bière alors que la monnaie libre servira à payer celui qui s’occupe de remplir le frigo et celui qui conçoit régulièrement quelques terrines que chacun apprécie (qui sont, actuellement, réalisées de façon totalement désintéressée, si on écarte le fait qu’attirer du monde dans notre lieu a de l’intérêt).

J’essaierais de vous donner des nouvelles du bon ou mauvais fonctionnement de la chose. Et puis il faudra aussi que je fasse un article sur l’articulation des monnaies libre avec l’état de droit et la fiscalité (sujet à troll récurrent sur les forums des monnaies libres)

One Comment »

  • Geoffrey said:

    Je veux bien en savoir pluss sur les boucles, leurs créations, leurs identifications, même si intuitivement ça me semble simple, je manque d’outils (on peut peut-être théoriser sur la résilience des boucles, à partir de quand elles survivent à tel ou tel changement de milieu ou de gens, est-ce qu’il y a une quantité seuil d’étapes dans la boucle pour que des gens la rejoignent… mais je connais rien en micro-éco)
    (message double avec le groupe « monnaie libre » facebook)

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