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C’est dur, le coopératif, hein ?

19 janvier 2017 717 vues 3 commentaires
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Ce billet est inspiré (entre autre) des multiples occasions que j’ai eu de constater les difficultés qu’on a globalement à travailler ensemble et un peu aussi de la prose de Benjamin et celle de PH. Il a été musicalement accompagné de Keny Arkana – Effort de Paix, Kery James – Racailles, Alan Walker – Fade, Brav – Post Scriptum – Bonus et Sick Puppies – All The Same.


Photo de Stephen Bowler

Photo de Stephen Bowler

Au commencement …

C’était mieux avant. Dans le monde auquel on ma préparé dans mon enfance, il y avait les gentils travailleurs un peu benêts, les flemmards de fonctionnaires mais qui bossaient un peu quand même, les méchants patrons qui exploitaient les gentils travailleurs mais bon c’est comme ça et les vilains élus qui pressaient le citron de tout ce beau monde pour s’en mettre plein les poches mais qu’on savait pas trop comment faire sans eux.

Tout naturellement, après m’être fait bourrer le crâne par des fonctionnaires à l’école et avoir regardé de loin les élus en me disant « pfouuu ça a l’air chiant », je suis allé, comme un gentil benêt, bosser pour un méchant patron.

J’ai eu du bol (ou pas), je suis tombé sur l’archétype du patron, arnaqueur avec ses clients et méchants avec ses employés… donc ça n’a pas duré longtemps, et assez vite (9 mois) j’ai senti que ça n’allait pas pouvoir se jouer comme ça et que je n’étais pas à ma place. Pas qu’il fallait que je passe de la case travailleur benêt à celle de patron méchant, mais que ces 4 cases que je m’étais construit à la mesure de ce que j’avais perçu du monde n’étaient pas les bonnes.

Donc j’ai monté une boite. Ça m’a valu de ne plus (ou moins) fréquenter pas mal d’amis à l’époque (qui aujourd’hui ont à peu près tous monté des boites). J’étais devenu le vilain capitaliste qui voulait profiter du gentil travailleur. Petit détail, je n’ai jamais embauché personne en tant que patron. Pas par manque de moyen, un peu par peur d’échec, mais surtout parce que je ne me voyais pas demander la même implication à une personne salariée qu’à tout ceux avec qui j’avais bossé jusque là qui étaient aussi actionnaires et décideurs.

Truth is out there…

Une dizaine d’année après avoir bossé comme un chien 7j/7 et 18h/24, j’avais quand même trouvé le temps de tomber par hasard sur la femme de ma vie sur l’IRC et nous avons eu l’idée saugrenue de faire un môme (full disclosure : ils sont 4 maintenant). Tous ces arriérés de vieux disaient « tu vas voir, ça change la vie »… « ouais, c’est ça tantine, ça change la vie… même pas peur ». Eh ben tantine avait raison, mais je pensais pas que ça se passerait comme ça.

J’ai du mal à savoir dans quel ordre c’est venu, mais je me suis intéressé à peu près en même temps à ce que j’allais bien pouvoir faire de ma vie et à ce que serait celle de mes enfants. Leur montrer un modèle de papa businessman pendant que maman change des couches ? Brrrr… mais vu que je suis pas doué pour les couches, en tout cas beaucoup moins que pour le ménage, et que je sais que je n’aurais pas la patience qu’elle a depuis 10 ans de rester 24×7 avec nos enfants, je tente de construire un modèle différent, celui qui me semble le moins pire pour leur avenir.

I had a dream…

Dans mon rêve, tout le monde il est moche (parce que « beau » ça fait trop cliché) et tout le monde il est gentil. Je suis un bisounours, parfaitement madame !

J’ai donc honteusement profité de la gentillesse de mes camarades de jeu de ma vie professionnelle pour prendre du temps pour esquisser ce monde dans lequel j’aimerais que mes enfants vivent. Bon, je ne me sens pas trop coupable, ayant la nette impression d’avoir tout de même fait beaucoup avant et jouant toujours mon rôle de gestionnaire/comptable/commercial/négociateur, mais je leur dois beaucoup et j’espère qu’ils le savent. Ça dure en gros depuis 2011 et ça s’est pas mal accentué depuis 2015.

Je sais pas si c’est encore un mystère pour certains, mais je fais de l’internet coopératif. Je suis censé coordonner techniquement la fédération FDN, j’ai co-fondé un obscur truc qui a vocation à gérer un réseau national de transmission en fibre, et je suis le GNUru d’un fournisseur d’accès coopératif dans l’Yonne, le département qui m’a accueilli après mes grosses déceptions en Picardie suite à notre départ de l’Ile de France qui ne collait pas à l’idée qu’on se faisait de l’avenir pour nos enfants.

Dans mon rêve, les gens qui se rendent compte que les grands vilains capitalistes mangeurs de temps de cerveau (ceux dont PH parle dans son article, entre autre) ne feront rien pour eux, pas plus pour leur alimentation ou leur cadre de vie que pour la qualité de leur connexion internet, ils se retroussent les manches pour bosser avec leur voisin, même s’ils trouvent que, par ailleurs, leur voisin est un gros con parce qu’il emmène ses enfants au McDo ou qu’il vote Mélenchon.

Comme moi,ce qui me botte, ce sont les réseaux, j’ai retroussé mes manches pour bosser avec les premiers abrutis qui ont bien voulu de moi (eux aussi, j’espère qu’il savent que je leur dois beaucoup) pour qu’ensemble on monte un bidule étrange que personne ne comprend vraiment mais qui fait le boulot : on amène des connexions internet qui (le plus souvent) fonctionnent du feu de dieu et ouvrent un peu plus de possibilités à des familles qui, avant, n’avaient rien ou pas grand chose.

Ça les aide pas à boucler le mois, ça permettra probablement pas à leurs mômes de faire médecine, mais c’est ma part de contribution à la vie de la Cité, et c’est la seule, vu que je suis un vilain anarchiste non inscrit sur les listes électorales qui ne fait donc pas son « devoir de citoyen ».

Nous partîmes 3000 et par je ne sais pas quelle emmerde, on s’est retrouvés 4 une fois arrivés au port…

J’ai toujours imaginé, dans ma bulle de bisounours, que quand des gens se réunissent autour d’un projet étrange et qui tranche avec les habitudes générales, ce sont nécessairement des gens qui ont compris quelque chose et qui savent que pour avancer, il faut faire des concessions, faire preuve d’empathie et, globalement, avoir une bienveillance générale envers le monde autour de soi.

Quand on se lance dans un projet coopératif, le principe de base est de mettre en route un premier morceau de quelque chose, puis d’expliquer aux gens comment faire pareil. Après 4 ans de développement, on est encore loin de la cible, beaucoup trop de choses sont encore centralisées, mais on avance doucement et sûrement. Autour de ces difficultés concrètes, tout le monde rame dans le même sens et on avance.

Eh ben non, raté. J’ai la très ferme impression que tout le monde regorge d’énergie mais a du mal à la canaliser et l’utilise souvent à chercher la petite bête, le danger, le risque, la merde, quoi. Non pas qu’une personne qui défend des principes (les militants dont parle Benjamin dans son article) a nécessairement tort, loin de là, ils ont même très souvent des idées qui valent le coup d’être mises en œuvre. Non plus que d’autres qui arriveraient avec des idées totalement à contre courant réussiraient à tout foutre en l’air, non, du tout. Mais chaque année, depuis 10 ans, je constate qu’une bonne part des projets coopératifs auxquels je participe partent en vrille.

Pour plein de raisons hein, toutes plus ou moins bonnes, mais il y a toujours un point commun : les acteurs de ces projets qui se sont vus pendant un temps pour le démarrer finissent par se fréquenter un peu moins, chacun pris dans ses activités, ses problèmes personnels, ses envies… et ça fini inévitablement par des jalousies, des suspicions, des paroles écrasantes et des banalités à faire blêmir.

Et si…

Si on s’obligeait à la bienveillance ? Si on considérait que les projets coopératifs dans lesquels on s’agite ont été co-construits de telle manière qu’ils ne puissent être détournés de l’objectif primaire : le bien commun ? Si on admettait que l’autre, quels que soient les travers qu’il traîne dans ses casseroles, n’est pas un 1 ou un 0, qu’il n’est pas méchant ou gentil ? Qu’on peut regarder la télévision et en parler sans pour autant être adepte du siphonnage de temps de cerveau ? Qu’on peut œuvrer pour le bien commun même si, par ailleurs, une partie de nos actions disent le contraire ?  Qu’on peut être viandar et laisser vivre les vegan en paix, voir apprécier ce qu’ils savent produire côté culinaire ? Qu’on peut militer pour le logiciel et le matériel libre tout en ayant pris l’habitude de bosser avec un Mac ou sous Windows ?

En bref, qu’on peut avoir des mots ou actions qui ne vont pas dans le sens du collectif sans pour autant être inutile ou nuisible à ce collectif ? Et que même, avec le temps, on évoluera et on mettra en adéquation nos actions avec les idées collectives parce qu’on les aura pratiquées et qu’on trouvera ça bien… mais qu’on s’interdira à son tour de mettre le nez de l’autre dans le mur au motif que lui n’a pas (encore ?) évolué dans ce sens ? En contrepartie, l’autre qui sentira poindre quelque chose qu’il aimerait bien, par facilité, qualifier d’intégrisme, devra probablement accepter la critique, même mal formulée, et s’en servir (ou pas) pour continuer à avancer.

Je suis le premier à trouver ça chiant de devoir se relire avant d’envoyer quelque chose (surtout que je dois le faire déjà 3 fois pour l’orthographe et la syntaxe), mais force est de constater que ça reste important, au moins dans le début des relations entre personnes qui se connaissent pas ou peu.

L’autre solution, c’est d’avoir un patron qui décide à notre place et qui fait chier. Choisis ton camp, camarade.

Donner le temps en au temps…

Vous l’aurez probablement compris, je suis actuellement spectateur (voir un brin acteur) de quelques prises de choux… mais je suis confiant dans l’avenir, 2016 m’ayant prouvé que des personnes ayant quasi juré de s’étriper à l’été 2015 ont été capables, toutes seules comme des grandes, de se parler, de se comprendre et de bosser intelligemment ensemble (je suis fier de vous, mes lapins !), je me dis donc que tout n’est pas perdu, et puis on sent bien que, parfois, faut foutre un grand coup de pied pour que ça reparte, et finalement, je me dis que les bordels dans les trucs difformes inhabituels, ben c’est la vie, que ça va avec, et qu’il faut en passer par là pour continuer.

Mea culpa…

Oui parce que bon, j’me pose un peu en grand synthétiseur quand même… mais j’ai pas la science infuse et j’ai aussi ma grosse part de responsabilité, notamment dans la centralisation dont je parlais plus haut. J’ai donc (une fois n’est pas coutume) pris la bonne résolution de 2017 : me décentraliser (les adultes y disent « déléguer »). J’essaierai de vous faire un point d’étape prochainement :)

 

Je reste donc un gamin qui croit au père Noël et si t’essaies de me faire changer d’avis, t’ar ta gueule à la récré !

3 Comments »

  • liyfmiu said:

    tout ça s’apprend très bien et très vite quand on est coincé(e) au square :)

  • 2frei said:

    Après 20 ans passés dans l’associatif moi je me suis rendu compte d’une chose le plus dur à chaque fois c’est le vivre ensemble, c’est toujours ça qui demande le plus d’énergie, le plus de préparation.
    Tu parles de ton rêve et j’ai eu l’impression que tu sous-entendais que c’est le même rêve que tous les autres. Non on est tous différents et on a tous des aspirations différentes. Alors certes ça rend les choses plus compliqué mais le pire des mondes serait si on était tous des clones. Bref il y aura jamais de solution de facilité il faudra constamment vivre dans un monde fait de lutte et de conflits c’est ainsi qu’est l’histoire de l’humain.
    Pour finir, my 2 cents, il y a 2 notions qui pour moi sont vitales : les limites car si on roule tous à fond la caisse sans limite de vitesse il y aura forcément plus d’accidents. Et ensuite l’ardeur parce que l’ardeur ça compte et ça donne du sens

  • Bruno (author) said:

    Oui, ça m’arrive (de moins en moins souvent … je crois) de considérer que l’autre a le même point de vue. Généralement, je m’en rends compte, et je me dis à moi même « putain mais t’es con ! ». Limites et Ardeurs, ça fait du grain à moudre ça, merci :)

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