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Prohibition 2.0 – Année 0

15 octobre 2010 294 vues un commentaire
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Article publié originellement par Fabrice Epelboin sur ReadWriteWeb en guise d’inauguration de cette rubrique « nouveau monde » qui tentera de regrouper tout ce qui se fait en matière de « le monde, avant, pendant, après » en restant, bien sur, internet centric.


Disparition des aides fiscales destinées aux startups, prélèvement supplémentaires sur le numérique, financement, sur son dos, des industries n’ayant pas réussi à faire évoluer leurs modèles économiques a travers la Carte Musique Jeune… Le nouveau slogan de la France 2012 pourrait se résumer ainsi : le numérique, il ne passera pas par moi.

Combien d’années de retard supplémentaires allons nous prendre du fait même de la politique numérique actuelle ? Suffisamment pour qu’on continue pendant encore quelques décennies à «rattraper le retard», une expression courante, utilisée à tord et à travers depuis les premières années du web, à l’époque ou la vache à lait du minitel avait poussé France Télécom a retarder le plus possible l’arrivée d’internet pour presser le citron du minitel jusqu’à la dernière goutte.

Nous entrons, comme le dit parfaitement Bluetouff,dans une ère de prohibition. Une ère de régression culturelle dans un monde qui, lui, entre apeuré dans la civilisation du numérique. Un monde où culture, connaissances et savoirs appartiennent à l’économie de l’abondance. Ici, on impose la rareté.

Les premiers signes d’une société qui se recroqueville sur elle même sont déjà visibles de tous. Le simple fait que des jeunes, qui savent au plus profond d’eux même que le problème des retraites ne les concerne pas, tant le monde aura changé d’ici à leurs 60 ans, manifestent dans la rue, est en soit, porteur d’un conflit qui s’annonce très dur.

Des «éléments de langage» commencent à apparaitre dans le camp d’en face. C’est sur ce point que j’aimerais m’attarder. Deux mots vont connaitre une évolution sémantique rapide, deux mots sur lesquels il va devoir se battre afin de préserver leur sens, se battre avec nos blogs, avec Twitter, Facebook, et tout l’attirail numérique habituel.

Sécurité

La sécurité sur internet est un vieux problème. Virus, trojan, injection XSS, spam… Ce mot, parfaitement définit aux oreilles des spécialistes, reste très flou pour Mr et Mme Michu.

Le dessein, en tout cas initial, de la Hadopi est deforcer les français à adopter de façon volontaire un internet filtré. Ce que l’on impose au petits Chinois, les frenchies vont le solliciter d’eux même, afin de se mettre à l’abri d’une machine Hadopi lancée dans la répression aveugle, et dont la quantité de faux positifs promet d’être conséquente (les meilleures compétences du marché sont, soyez-en sûr, au boulot depuis longtemps).

Pour arriver à ces fins, il est invraisemblable de vendre aux Français un internet censuré, il sera préférable de leur vendre un internet sécurisé. Nettoyé des cyber pédophiles et des pirates terroristes, les désormais célèbre pédonazis (l’expression est de Manach).

Il faudra opérer un revirement à 180° sur la sémantique même du mot sécurité, tel qu’il est utilisé aujourd’hui sur le net, et le rapprocher du mot sécurité tel qu’il est usité «irl» (vidéo-surveillance, vidéo-protection, vous voyez le genre).

Ce n’est pas gagné. Est-ce l’objet de l’appel d’offre de la Hadopi sur un dispositif d’accompagnement sur les moyens de sécurisation ? Aucune idée, mais dans le doute, bien que tenté de noyauter par ce biais la Hadopi, j’ai préféré – après moultes consultations – m’abstenir.

Terroristes

Ce qui a marché pour Bush peut marcher pour Sarkozy. Pour que le discours ultra sécuritaire en cours actuellement fonctionne, il faut des morts. Il faut que le brave peuple ai la trouille, il faut que la seule alternative soit la chienlit.

Déjà entendu a deux reprises, de la part de deux interlocuteurs du «camp adverse», le terme de terroriste pour désigner ce qui – habituellement – s’appelle un journaliste, au pire un éditorialiste, est pour le moins stupéfiant.

Quand le terme de collabo et de fasciste était appliqué à Edwy Plenel, j’avoue que ça me faisait rire. Là, moins. Sans doute une histoire de proximité. Sans doute aussi la prémonition que ce terme finira par m’être appliqué à moi aussi. Si ce n’est déjà fait.

En même temps, le temps, justement, finira par faire son office. Ceux qui se voyaient désignés comme terroristes il y a huit ans en Irak sont désormais des insurgés, sous peu, des résistants, demain, qui sait, des citoyens. En 40, ça s’est passé comme ça chez nous. L’abbé Pierre, ne l’oublions pas, a commencé sa carrière comme terroriste dans le Vercors.

C’est fou, la sémantique. Ca évolue à une vitesse folle.

Sauf que sur le territoire de la com’, on n’est pas obligé de se laisser faire. La Hadopi a un budget «com’» de 11 millions par an. Ca peut sembler démesuré à beaucoup d’entre vous, mais croyez-moi, ce n’est pas grand chose. Pour faire évoluer deux mots de la langue Française (sécurité informatique et cyber terrorisme) et gérer une marque dont ils ne contrôlent rien («Hadopi™»), c’est même un peu limite comme budget.

Les opposants sont non seulement plus qualifiés, mais qui plus est, ils ont des années d’avance. Il va leur falloir se battre pour préserver le sens de ces mots, et pour continuer de faire, dans la plus grande cohérence et le plus grand professionnalisme, le brand management de la marque Hadopi, qui appartient à des anti Hadopi, faut-il le rappeler ?

C’est tout a fait faisable. Mieux que cela, c’est faisable sans système «top to bottom», sans hiérarchie, sans agence, sans conseil en communication, sans SIG, presque sans argent…

Reste à voir la position des média dans l’histoire, après deux ans de silence, en particulier lors des débats à l’Assemblée. L’Hadopi, jugé «trop geek», est désormais un sujet de société, qu’il va être de plus en plus difficile de traiter à la légère ou même de censurer.

Puissions-nous vivre des temps intéressants.

One Comment »

  • Daniel L said:

    Est-ce qu’il est très sain de se dire : « ROFL, Internet c’est pas poutrable, ya ka attendre qu’ils se lassent. »
    C’est vrai que techniquement, c’est assez osé de s’imaginer pouvoir controler/manipuler Internet. Sa conception très « biologique » fait que le réseau résiste très fortement à tout blocage de l’information (au sens numérique du terme).

    Néanmoins, comme disais je-sais-plus-ki (p’tet du Dalassio) : Je ne risquerai pas ma vie la dessus. Les FAI ont des architectures très centralisé, le marché n’hésite plus à entraver le débit (mieux, le débit de ceux qui les dérangent), … bref, est-ce qu’Internet est encore Internet?

    Quand on ne devra naviguer que sur les sites « partenaires » au risque d’avoir un tuyau de 10ko/s, est-ce qu’on pourra encore appeler çà de l’Internet? Faut pas se leurrer, toute les merdes anti-piratages n’ont qu’un seul but : faire retourner l’internaute auprès de canaux de distribution maitrisés. C’est là que les questions de neutralité du net, LOPSSI, HADOPI, tout ce merdier se rejoins avec le potentiel de défigurer suffisamment Internet pour lui faire perdre son titre.

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