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Internet, ou l’art de se mettre d’accord (2)

21 mars 2010 121 vues 2 commentaires
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Si, en 1983, il était facile de se mettre d’accord pour adopter un mode de communication commun sur les 68 sites reliés ensemble par ce qui va devenir Internet (voir l’article précédent), c’est un véritable miracle que la convergence ai continué autour d’un seul et même protocole : IP.

Le secret d’une communication efficace, c’est l’utilisation d’un langage commun. Pas seulement la langue, mais la façon dont on s’en sert. En l’occurence, tout le monde aujourd’hui utilise IP, à la fois langue et langage, pour faire communiquer divers équipements. Et même si c’est encore, pour l’instant, relégué au rang du film de science fiction, les vingts années à venir seront celles du « tout-IP », on en trouvera même dans les fours et les cafetières.

Mais le besoin de se mettre d’accord ne s’arrête pas la. Internet est connu pour être un réseau décentralisé (héritage de la volonté d’origine dont je parlais dans le billet précédent). En réalité, il n’est pas décentralisé, il est acentré, permettant une pérénité quasi sans faille pour l’information qu’il contient :

Benjamin Bayart, président de FDN

La faiblesse du Minitel était qu’il était un réseau centré. L’avantage d’Internet est d’être décentralisé. Et même acentré. C’est ce qui fait tout la différence entre Internet et les autres réseaux. Et ce qui permet à chacun d’innover. Là, on est à cheval entre les deux. Il y a une citation de Linus Tovalds (créateur du noyau Linux) qui disait en 1995 : « les backups c’est pour les fillettes, les vrais hommes mettent leurs données sur un serveur FTP et laissent le reste du monde créer des miroirs. » Or si vous regardez le noyau Linux, son code source est un paquet de données, au même titre qu’un film ou qu’un livre, dont toutes les versions, depuis la première en 1991-92, sont sur le net. Comme elles sont librement copiables, il y en a des centaines de milliers de copies. Chacun de ces sites peut disparaître, on ne perdra jamais son contenu.

L’acentralisation mène soit à l’immobilisme, soit à l’anarchie sauf si l’ensemble des membres concernés arrivent à se mettre d’accord. Il faut donc des gens pour faire avancer les choses mais sans qu’aucun n’ai la complète main mise sur un point critique (No SPoF)

Internet est donc « géré » par de multiples instances, crées au gré des besoins, quasiment toutes constituées sous forme d’associations réunissant différents acteurs du réseau et ayant chacune une mission bien précise (liste non exhaustive) :

  • l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) qui centralise la gestion des ressources numérotées (adresses IP et autre) et des noms de domaine
  • l’IETF (Internet Engineering Task Force), structure informelle composée d’une centaine de groupes de travail qui planchent sur les normes utilisées par tous et sur l’évolution d’internet en général (publication de RFC)
  • l’ISOC (Internet Society) qui a pour rôle de veiller à la progression et à la bonne marche d’internet

Et enfin, chaque acteur du réseau doit lui même se mettre d’accord avec ses voisins pour que le réseau puisse exister. Internet n’est rien sans les réseaux qui le composent et ils sont tous d’accord (moyennant finance, ou pas) pour faire transiter une partie du trafic d’un point A à un point B, même si ces deux points ne sont pas nécessairement sous leur juridiction. C’est la base de la neutralité, et les réseaux ne sont théoriquement pas censés aller fouiller dans le trafic qu’ils écoulent, ni le modifier, ni donner la priorité à l’un plutôt qu’a l’autre.

Aujourd’hui, certains organes politiques un peu partout dans le monde ont une dent à la fois contre le fait qu’internet n’ai pas d’organe central qui soit attaquable et également contre la neutralité. Aucun n’a manifestement encore compris que l’internet est un organisme vivant qui s’adapte très vite et que toute tentative de limitation ou de censure trouve réponse dans la demi journée qui vient pour permettre a ceux qui s’en donnent les moyens de continuer à accéder à l’information

Par exemple, après le séisme en Haiti, suite à la coupure de la quasi totalité des moyens de communication avec l’ile, les responsables techniques de plusieurs réseaux un peu partout dans le monde se sont coordonnés d’eux même, sans décideur, sans volonté politique aucune, et surtout sans l’aval du pays en question, pour établir une configuration permettant aux sites en .HT d’être toujours joignables sur internet.

2 Comments »

  • carxwol said:

    « L’acentralisation mène soit à l’immobilisme, soit à l’anarchie sauf si l’ensemble des membres concernés arrivent à se mettre d’accord. »

    L’anarchie, c’est pas de rapport hiérarchique, si tous les gens doivent se mettent d’accord pour faire quelque chose, c’est précisément qu’il n’y a pas de rapport hiérarchique entre eux. Enfin ça m’étonne de toi que tu tombes dans la classique assimilation anarchie = foutoir, tandis que d’autres voit ça comme de l’organisation sans pouvoir. :-)

  • Bruno (author) said:

    Teuuu teu teu. L’anarchie c’est pas le foutoir, quoi que j’avoue que je pensais un peu à ça en rédigeant l’article, c’est, soit, l’absence de rapport hierarchique (ce qui n’existe pas sur le net, a part entre quelques tier1, puisqu’on est de toute façon soumis à un transitaire, mais passons :)), mais c’est aussi l’absence de pouvoir et d’autorité. Et en la matière, on en a un wagon, d’autorités :)

    Et pis, pêché sur Wikipedia à l’instant, “L’anarchie peut, étymologiquement, également être expliquée comme le refus de tout principe premier, de toute cause première, et comme revendication de la multiplicité face à l’unicité” … on en a aussi, des principes et des causes premières :)

    Tout ça pour dire, internet, c’est ni l’anarchie, ni la démocratie, ni le totalitarisme, c’est un peu des trois.

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