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Dis papa, c’est quoi un datacenter ? (4/4 Le reste)

12 août 2010 2 632 vues 5 commentaires
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C’est un jour historique, j’ai réussi à terminer un dossier au lieu d’en commencer un 34ème !

Je vous ai donc déjà parlé de l’énergie, de la connectivité et du froid, nous allons donc à présent faire un petit tour d’horizon de tout le reste. Vous comprendrez que je ne citerais pas les lieux et prestataires concernés par les choses dont je vais me moquer, d’abord pour ne pas avoir d’ennuis, ensuite pour ne pas leur attirer de problèmes à eux.

Pour commencer, la sécurité. J’ai lu beaucoup de choses comme quoi les datacenters étaient des lieux ultra sécurisés, j’ai même entendu des gens m’assurer que les vitre de leurs bâtiments résistaient à des tirs de mitraillette alors qu’il ne s’agissait même pas de double vitrage.

Trêve d’idiotie, les datacenters (ou en tout cas la vingtaine que j’ai pu fréquenter en France) ont les mêmes murs en briques que ma maison. La seule différence, c’est que pour la grosse majorité, il y a une présence humaine sur site 24h/24 et 7j/7. Ce n’est pas un garde armé et, pour les veilleurs de nuits, la grosse majorité ne sont pas maitre chien et n’ont donc aucun moyen de défense qu’elle soit active ou passive. Le principal risque concernant la sécurité des datacenters ne provient pas d’une bande de terroristes sur-armés qui se pointerai pour embarquer un serveur. Non, il provient de gens tout a fait normaux qui iraient se ballade à des endroits ou il ne faudrait pas et qui toucherai a des boutons qu’on ne doit pas toucher.

Exit, donc, les lecteurs de badges, les empreintes digitales, les analyseurs de main et les scanners d’iris, tout ça, c’est du vent. Tellement du vent que dans beaucoup de bâtiment, on vous fait visiter en vous faisant passer par 3 sas avec 12 caméras et 30 systèmes d’identification pour vous en mettre plein la vue mais qu’il suffit de passer par la zone de livraison et de lever un simple rideau de fer qui n’est jamais verrouillé pour avoir accès a un monte charge qui dessert tout le datacenter sans aucun lecteur de badge a quelque moment que ce soit.

Ensuite, deuxième source d’émerveillement en datacenter, les système d’extinction d’incendie. On distingue 3 grandes familles :

  • La plus évidente, la pulvérisation d’eau. Evidemment, quand vous avez 200000 euro de matériel au mètre carré, vous pouvez mal le vivre, mais en réalité, le système de vaporisation produit des gouttelettes tellement fines qu’il n’est pas censé (ou pas trop) endommager le matériel. Et puis, théoriquement, l’électricité à été coupée avant la pulvérisation. C’est la méthode la plus écolo qu’on puisse trouver
  • La plus freaky, idéale pour un scenario de film hollywoodien, le gaz qui consomme l’oxygène par réaction. Autant vous dire qu’il ne vaut mieux pas rester dans le coin quand les bouteilles se vident, sinon, PAF le chien.
  • La plus répandue, le gaz qui occupe l’espace en poussant l’air normalement dosé un peu plus loin et qui, accessoirement, a parfois aussi des propriétés qui permettent de ralentir les réactions de combustion (c’est par exemple le cas du FM200). C’est pas mortel, mais étant donné la baisse de température à la détente du gaz et la pression dans les bouteilles, il ne vaut mieux pas se trouver trop près de la buse de sortie quand ça claque.

La partie drôle, maintenant. On pourrai naïvement croire que ces choses la sont automatisées et qu’à la moindre étincelle ou petite volute de fumée, PAF, les bouteilles se vident. Eh bien non. D’une part, dans beaucoup de datacenters, il faut que deux détecteurs se déclenchent avant qu’un humain soit averti qu’il y a peut-être le feu, mais en plus, le déclenchement du système d’extinction est manuel. Quand on voit que dans certain bâtiments, les personnes sur place mettent parfois 20 minutes à se rendre compte que les salles d’hébergement n’ont plus d’alimentation électrique, ça fait peur.

Je passerais bien entendu sous silence les endroits ou on peut fumer sans que ça dérange les détecteurs, et je ne vous parlerais pas non plus de ma vilaine manie de faire sauter les fixations plastique de colis au briquet … preuve que tout ça n’est pas très sensible. Une petite mention, toute fois, pour un système que j’ai découvert dernièrement qui semble réservé aux endroits contenant du combustible (un générateur au fioul indoor par exemple) qui, pour le coup, est capable de détecter la moindre variation de température et les émanations de gaz … Ça fait rêver pour ma chaudière ! :)

Vient ensuite un sujet pour lequel je n’ai pas de photo, c’est le bruit. Pour bien vous rendre compte, essayez de mélanger dans votre tête le bruit d’une alarme de voiture un peu lointaine mais particulièrement agaçante (il y a toujours un truc qui fait bip quelque part dans un datacenter, on fini par même plus s’y intéresser), le bruit du ventilateur de l’alimentation de votre ordinateur (que vous multipliez par 100, voir plus), le bruit d’un micro onde et celui d’une machine à laver. Vous y êtes, et ce bruit est permanent. On dispose depuis quelques mois à l’entrée de beaucoup de bâtiments de boules quies, mais il faut avouer que c’est plus difficile de communiquer avec son prochain lorsqu’on a les oreilles bouchées.

Toujours dans le ressenti, si on à la chance de pouvoir éteindre la lumière, selon comment les baies ont été organisée, c’est assez magique (et c’est assez rigolo, si d’autres gens sont entrain de travailler à ce moment la, d’éteindre. C’est systématique, 2 secondes d’adrénaline « MERDE, UNE COUPURE », puis soulagement « ah non, c’est juste la lumière »). Promis, j’essaie de vous faire une photo la prochaine fois !

On trouve aussi pas mal d’endroit avec trop de place vide, soit parce que quelqu’un vient de partir, soit parce que l’énergie qui avait été prévue pour cet espace à été vendue ailleurs dans le bâtiment. (vous pouvez d’ailleurs voir au fond les armoires de distribution électrique et le coin d’une armoire de climatisation)

Et enfin, on trouve des serveurs. Des tas, de toutes les formes, plus ou moins bien rangés, avec plus ou moins de puissance, de loupiottes, de disque dur, de pouvoir soufflant à l’arrière. Mais aussi des plus surprenants, montés sur des planches de bois ou bien pratiquement uniquement constitués de disques durs (une bonne quarantaine de 2To, je vous laisse imaginer). On trouve des salles très bien rangées mais absolument pas pratiques du tout à l’usage, d’autres très bordéliques mais aussi très confortables, des baies bourrées raz la gueule de machine avec d’autres toutes vides à coté, des salles de colocation ne disposant pas de deux baies identiques et créant une diversité assez étonnante de façon de faire les choses.

Et, parfois, on trouve un tas de geeks en rogne qui s’attroupent dehors. Généralement, c’est la conséquence d’une panne de courant ou autre situation de crise du même genre (celle-ci, c’était en 2003, on a fini la journée par une soirée crêpes au réchaud butagaz devant le bâtiment)

5 Comments »

  • -Fred- said:

    Cette série me donne envie de voir ce que ça donne en vrai. Avant, le seul reportage de ce genre que j’avais lu était celui réalisé par PCinpact dans le data center de iliad ( http://www.pcinpact.com/dossiers/data-center-free/164-1.htm ). Plus politiquement correct pour le coup…

  • Bruno (author) said:

    Oh, y’en a de belles aussi, chez Iliad :)

    C’est quand tu veux pour une visite.

  • 80.67.176.109 said:

    Pour info, le FM200 c’est du bête azote, un gaz totalement neutre.

    Il vaut mieux sortir aussi: ça n’est pas toxique, mais ça remplace tout l’oxygène et PAF le chien, pareil qu’avec l’ancien truc qui réagit avec l’oxygène.

  • Maxime said:

    Tellement vrai ! :-)
    Super serie d’article ! dommage que je ne la découvre que maintenant !

    Étonnement, tu n’a pas parlé des bouteilles de « pinard » planquées sous les faux plancher a coté de la clim ‘

    J’ai aussi en stock la fois ou pour le déménagement des baies de brassage d’un client, le passage des cables étaient tellement bordélique qu’on a fini par couper tous les cables avec des secateurs ( off-line bien sur ! )

    Etc, etc …

    Ahhh ! que de bon souvenirs ! :-)

  • shayes said:

    Le FM200 = argon (une saloperie quand tu es dans la salle), dans l’entreprise où je suis actuellement :

    Un tuyau d’argon a péter, heureusement personne dans la salle à ce moment mais c’était dans un bâtiment d’un opérateur Télécom.

    Les vigiles sont jamais violents, je peux dire avec certitude que s’il y avait eu la moindre personne dans cette salle au mauvais endroit et au mauvais moment.

    C’était sans doute probablement fini pour elle ou hosto minimum…

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