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Diversité imperceptible

7 mars 2013 322 vues 3 commentaires
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[La présente bafouille a été écrite dans le cadre du 4e opus "au fil des labs", paru il y a quelques jours, 2 mois après leur torpillage]


Crédit photo : truthout.org

Crédit photo : truthout.org

Habitude a été prise de parler de « consommateurs » pour décrire ceux qui se servent d’objets ou de services qui peuvent s’acheter. La culture ne fait pas exception, à ceci près que ce n’est ni un service, ni un objet. D’aucuns diront qu’on peut se détendre en écoutant de la musique et qu’il y a donc service rendu. D’autres ajouteront qu’un livre est un objet qu’on achète.

Mais au fond, et c’est le cas de le dire, lorsqu’on achète quelque chose contenant de la culture, on achète le support et/ou le contenu. On n’achète pas « la culture », elle est intangible, plurielle, dépendante de celui qui y accède, de la société en général. Nous ne parlons pas ici du divertissement, industriel ou pas, même s’il embarque avec lui un morceau de culture, si on s’en réfère à la définition communément admise du terme culture.

Il n’est donc pas juste de parler de consommation de la culture. Qu’elle soit artistique, technique, humaine ou autre, elle ne se consomme pas mais s’acquiert. Si j’apprends comment fabriquer une roue, quelqu’un qui le sait déjà ne va pas oublier. Si j’apprécie un tableau de Picasso, quelqu’un qui l’appréciait ne va pas soudain le trouver hideux. Il n’y a donc pas consommation mais appropriation, sauf dans le cas où l’art en question est un objet unique, encore qu’il puisse être copié et que, même s’il est la propriété physique d’un autre, il peut souvent être apprécié (musée, reprographie…).

Internet facilite grandement cette appropriation par la disparition du support physique permettant un transport plus rapide et une force de dissémination incomparable. En contrepartie, ces facilités entraînent une difficulté à cerner précisément le profil de ceux qui s’approprient la culture.

Même si beaucoup critiquent sa centralisation et sa massification, internet participe aux cohésions. Locale, nationale, et même mondiale. Malgré les apparences, loin de vouloir fondre tout le monde dans le même moule, le réseau permet juste à chacun de s’approprier les cultures de l’ensemble de l’humanité, à chacun de tirer ce qu’il souhaite de cet amas de connaissances et de contenus, pour peu qu’il sache s’en servir.

Certains rétorqueront que la majorité ne fait que courir après facebook et youtube, mais sous ces apparences futiles, on s’y cultive fort bien, une fois passé la phase du débutant équipé de ses photos de beuveries et de ses lols.

L’accès à la culture sur internet entraîne malheureusement ce que l’on nomme la fracture numérique. Les générations plus âgées sont, par exemple, particulièrement absentes des réseaux. Cela ne veut bien entendu pas dire qu’elles sont étrangères à la culture, mais la cohésion est difficile à assurer lorsqu’une partie de la population se cultive majoritairement via un outil pendant que l’autre le fait avec d’autres.

Cet état de fait est, en prime, dommageable aux deux moitiés, certains pourvoyeurs de culture s’évertuant à ne pas assurer la disponibilité des contenus sur tous les outils disponibles.

Bien malin celui qui pourra déterminer les profils de ceux qui se cultivent via le réseau. Là où il était éventuellement possible de déterminer qui achetait tel livre, le transport numérique et le (relatif) anonymat sur le réseau font aisément voler en éclat toute méthode statistique.

Mais est-ce nécessaire de se pencher sur cette question ? Une simple constatation suffirait à conclure : chacun devrait être encouragé et poussé à s’approprier la culture, et même LES cultures.

Force est de constater que pour l’instant, il est surtout question de défendre le gagne pain de certains de ceux qui participent à en fabriquer un infime morceau plus que de se questionner sur les méthodes pour assurer la diversité culturelle des générations futures.

3 Comments »

  • sylvain said:

    S’agissant de la culture sur internet, au terme d’appropriation je préfère celui de multiplication. Oui, comme pour les petits pains dans la Bible. D’ailleurs, n’est-ce pas miraculeux ?

  • Bruno (author) said:

    On peut multiplier le pain sans nécessairement en manger.

    L’idée dans mon emploi du mot appropriation, c’est de faire sien les cultures. Se faisant, elles se multiplient, évidemment, puisqu’en s’appropriant la culture de l’autre, l’autre ne la perd pas :)

  • tranxene50 said:

    Hello !

    > Mais au fond, et c’est le cas de le dire, lorsqu’on achète quelque chose contenant de la culture, on achète le support et/ou le contenu.

    Faux. (soyons un peu diplomate, pas d’animosité inside)

    La « culture » est un « bien » commun que chacun est libre de diffuser (ou non).

    Après, effectivement, ils y a ceux qui préfèrent la monnayer (je n’ai vraiment rien contre eux), parce qu’ils pensent qu’il s’agit d’un service rendu.

    Mais, c’te blague… Colle à poser à un prof de philo : ils apportent quoi, sérieusement, à « l’humanité » ces « artistes » ?

    Encore une fois, je n’ai rien contre eux. Ils me divertissent, et je leur en sais gré (vraiment), mais c’est quoi le « plus produit » ?

    Ou alors, et je deviens un peu plus sérieux, ils sont contraint de monnayer leurs savoirs (et de force !).

    Parce qu’ils sont tenus par des maisons d’édition, des labels et autres « parasites » qui, sous prétexte de faire connaitre « l’artiste », se sucrent allègrement sur une bonne part du CA, avec des contrats d’exclusivité hallucinants.

    Il faut bien différencier ceux qui veulent toucher la « masse » et ceux qui n’en ont rien à secouer (films d’auteur ?).

    En ce qui me concerne, avec un blog « moisi », je n’ai que peu de savoir à partager (très peu même) mais, quand j’ai le temps (et ce n’est pas un souci économique/de pognon/ou d’égo), je le partage librement.

    La question qui se pose alors est de savoir s’il s’agit de « culture ».

    Je réponds non : il s’agit d’un « bien » utile (du moins je l’espère).

    Un jour, dans 20 ans voire plus, je me poserai la question de savoir si partager des idées, des infos et plus aura été bénéfique.

    Et la réponse sera sans équivoque : si cela n’a intéressé personne alors j’étais dans le « faux ». Sinon, tant mieux. (Encore une colle pour un prof de philo : peut-on être seul et penser « vrai » ?)

    Mais cela ne répond pas à la question initiale sous-jacente : comment rémunérer les artistes.

    On aime tous des artistes, forcément, mais peut-on les rétribuer directement ?

    J’ai essayé (sic) et la réponse, porte monnaie + CB à l’appui, est non pour la plupart.

    Un seul constat : il faut changer de « focale ».

    A+

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