Home » Comment ça marche, Internet, Nouveau monde

Fabriquer son internet (2)

19 mars 2013 5 835 vues 3 commentaires
tags : , , , , , , , ,
Download PDF
Crédit photo : Robert Lender

Crédit photo : Robert Lender

Où en étions nous à la fin de l’article précédent ? Ah oui, tatie Martine était fort contente d’avoir de l’internet avec une adresse IP rien qu’à elle au travers de votre box ADSL à vous. Vous avez peut être fait ce qu’il fallait côté administratif, à savoir créer une association (je ne vais pas vous prendre par la main là dessus, c’est pas difficile), et faire une déclaration à l’ARCEP (c’est encore plus facile, ça se passe ici). Vous en aurez besoin pour la suite.

Pour avancer vers le but final, qui, je le rappelle, est d’avoir votre petit bout d’internet à vous, il est important de saisir quelques notions de base :

  • Vouloir à tout prix n’utiliser que des réseaux dont on est propriétaire est une hérésie technique et économique : on fera toujours appel, à un moment ou un autre, à un tiers pour transporter des données
  • La phrase précédente n’exclut cependant pas de tenter de s’approprier un maximum de la chaîne de transmission, tant qu’il y a un sens technique et/ou économique à le faire
  • Il y a toute fois une différence fondamentale entre acheter une connexion à internet chez soi et l’acheter dans le coeur du réseau puis la transporter chez soi : on gère soi même le transport (même si, au final, il passe dans les mêmes tuyaux que les données de ceux qui ne le gèrent pas)

Nous allons donc travailler ce troisième point. Remettons les choses à plat, dans l’état où nous en sommes, voici les propriétaires des liens entre tatie Martine et internet, si on suppose que vous avez fait le choix d’utiliser FDN comme FAI pour vous fournir en attendant mieux :

  1. Le pont wireless entre chez elle et chez vous : vous êtes, vous ou votre association naissante, propriétaire
  2. La ligne de téléphone entre chez vous et le NRA : c’est probablement Orange qui est propriétaire
  3. La liaison entre le NRA et le coeur du réseau ADSL de collecte choisi : les gestionnaires sont probablement au choix Orange ou SFR. Quant aux propriétaires des réseaux, il y a de tout : des societés d’autoroutes, du RFF, des réseaux d’initiatives publiques, des réseaux opérateurs en propre…
  4. La liaison entre le réseau de collecte ADSL et Nerim : c’est un vulgaire bout de fibre optique de quelques mètres dont la propriété n’a que peu d’intérêt
  5. La liaison entre Nerim et FDN : idem, sauf que c’est un câble en cuivre
  6. On arrive ici à un endroit intéressant, c’est précisément là que se trouve l’autre bout de votre connexion ADSL (qui a donc, comme vous le voyez, déjà traversé au moins une demi douzaine de réseau sans qu’on ne s’en rende vraiment compte)
  7. De la, le trafic sort sur le réseau Gitoyen qui est l’opérateur en charge du trafic de FDN
  8. Et nous nous retrouvons ensuite sur internet via les liens que Gitoyen a établis avec d’autres opérateurs

La suite logique des choses, en terme de liaison, serait de chercher à remplacer l’ADSL de monsieur Orange ou SFR, supportant la connexion vers FDN, par quelque chose sur lequel on aurait la main. Dans le vrai monde, c’est la dernière chose à laquelle on pourra toucher pour la bonne et simple raison que c’est la chose la plus chère à remplacer. Nous allons donc nous concentrer sur les points 6 et suivants qui offrent plus de souplesse et sont plus accessibles.

Pour faire vite, l’opérateur de FDN, Gitoyen, dispose d’un petit paquet d’adresses IP publiques dont il a l’usage exclusif. Il paye une cotisation de l’ordre de 2000 € par ans pour ça à un organisme portant le doux nom de RIPE NCC, qui s’occupe de la gestion des adresses IP pour l’Europe. Cette cotisation lui donne le statut de LIR (local internet registry), ce qui lui donne le droit de redistribuer tout ou partie des adresses IP qu’il a à disposition. Il en a donc délégué un morceau à FDN qui, lui-même, refile des adresses à la découpe à ses adhérents. Généralement, une adresse par adhérent, mais on peut en mettre plus sans aucun souci (chose que les gros FAI du marché ne font pas).

Le premier pas vers l’indépendance est de trouver un LIR (ça peut être Gitoyen ou un autre) pour obtenir des adresses IP au nom de votre association. Si vous avez de quoi vous offrir la cotisation annuelle pour être vous même LIR, c’est une très bonne solution, mais elle ne vous garantira pas d’obtenir des adresses IPv4 (les plus répandues actuellement, qui sont quasi épuisées). Vous pourrez, ceci-dit, obtenir des IPv6 sans souci (coucou @bortzmeyer). Si vous en êtes à cette étape et que vous cherchez un LIR pour avoir des IP, lancez moi un petit mail, je vous trouverai ça. Ça aura un coût qu’on peut actuellement estimer entre 50 et 100 € par an.

Armé de votre bloc d’adresses IP et de votre déclaration ARCEP, vous pouvez à présent tenter l’aventure de la fédération FDN. Outre le fait de faire partie d’une communauté plus que sympathique, l’adhésion à la fédération vous ouvre la possibilité d’attribuer vos propres adresses IP via les infrastructures de FDN. Le cheminement des données reste strictement identique à celui exposé ci-dessus, mais vos abonnés ont une adresse IP qui a votre association pour étiquette et non plus FDN.

Etant donné le coût de la chose, c’est une étape envisageable dès que vous aurez 2 ou 3 utilisateurs de votre solution, le bilan financier mal taillé et absolument pas optimisé étant, en gros :

  • Achat du matériel nécessaire pour 3 points desservis : 450 €
  • Ligne de téléphone en annuel : 192 €
  • Abonnement ADSL FDN : 360 €
  • Bloc d’adresses : 100 €
  • Total des coûts pour un an : 1102 €
  • Total des recettes pour 3 abonnés (si on suppose 30 € par mois) : 1080 €

En optimisant bien tout ça (équipements wireless mieux choisis en fonction de la topologie, abonnement FDN au tarif fédération, bloc d’IP à pas cher), on arrive à moins de 700 € de coût sur un an.

Ça n’a l’air de rien de changer l’étiquette d’une adresse IP, mais vous avez fait un grand pas vers l’indépendance. Au prochain article, on parlera de comment faire entrer et sortir le trafic de vos adhérents par autre chose que Gitoyen. C’est ce que font beaucoup des membres de la fédération en même temps qu’ils se trouvent leurs propres IP, d’ailleurs.

3 Comments »

  • David said:

    C’est très intéressant tout ça !!!
    Dans l’attente de l’épisode 3,

    David

  • Jimmy said:

    Si vous en êtes à cette étape et que vous cherchez un LIR pour avoir des IP, lancez moi un petit mail, je vous trouverai ça.

    C’est cette partie du secret que j’aimerais approfondir. Comment trouver un LIR qui fourni des adresses IP ? J’ai beau chercher sur Amazon mais je ne trouve pas d’adresses en vente… :(

    Le LIR locator sure le site du RIPE n’aide pas beaucoup.

    PS : Pas encore d’antennes en place mais j’aimerais bien comprendre comment louer un bloc d’adresses.

  • Bruno (author) said:

    Ben pourtant, le LIR Locator te donne tous les contacts. Suffit de leur passer un coup de fil après :)

Leave your response!

Add your comment below, or trackback from your own site. You can also subscribe to these comments via RSS.

Be nice. Keep it clean. Stay on topic. No spam.

You can use these tags:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

This is a Gravatar-enabled weblog. To get your own globally-recognized-avatar, please register at Gravatar.


6 − = deux